La Suisse fait face à une nouvelle offensive commerciale venue des États-Unis. Depuis vendredi, des droits de douane de 12,5 % s’appliquent sur certaines importations helvétiques vers le marché américain, une mesure décidée par l’administration Trump.
Mais cette première taxe pourrait ne pas être la dernière. Une autre enquête menée à Washington pourrait déboucher sur de nouvelles sanctions commerciales.
Une taxe de 12,5 % qui frappe les exportations suisses
Donald Trump a annoncé une nouvelle série de droits de douane visant une soixantaine de pays, dont la Suisse. Depuis le début de l’application de ces mesures, une surtaxe de 12,5 % concerne les produits suisses importés aux États-Unis, même si certaines exemptions pourraient encore être accordées.
Washington justifie cette décision par la lutte contre le travail forcé dans les chaînes d’approvisionnement internationales. Selon le représentant américain au Commerce Jamieson Greer, les pays concernés ne protégeraient pas suffisamment leurs marchés contre des produits issus de pratiques jugées déloyales.
Cette justification est toutefois fortement contestée en Suisse. Plusieurs experts estiment que l’argument sert surtout de nouvelle base juridique à une politique commerciale visant à réduire les déficits américains et à protéger les intérêts économiques des États-Unis.
Les autorités suisses et les organisations économiques rejettent également l’idée selon laquelle la Suisse ne prendrait pas au sérieux la question du travail forcé. Elles rappellent que les entreprises helvétiques sont soumises à différentes obligations en matière de contrôle des chaînes d’approvisionnement.
Certaines ONG reconnaissent néanmoins que des progrès restent nécessaires. Elles pointent notamment du doigt les risques liés à certains secteurs où les entreprises suisses sont fortement présentes, comme le cacao, le café, l’or ou encore les matières premières.
Une deuxième enquête américaine inquiète déjà les entreprises suisses
Le principal sujet d’inquiétude pour Berne ne concerne toutefois pas uniquement la taxe actuelle. En parallèle, l’administration américaine mène une enquête basée sur la Section 301 de la loi américaine sur le commerce extérieur.
Cette procédure vise notamment la Suisse, l’Union européenne, la Chine et plusieurs autres partenaires commerciaux. Washington leur reproche de contribuer à des surcapacités de production qui créeraient, selon les autorités américaines, des déséquilibres commerciaux injustes.
Les conclusions de cette enquête n’ont pas encore été publiées et aucune date officielle n’a été annoncée, comme l’indique Blick. Mais pour plusieurs spécialistes, le risque de nouvelles taxes américaines apparaît déjà élevé.
Richard Baldwin, professeur d’économie internationale à l’IMD de Lausanne, estime que la position suisse pèsera peu face à la stratégie commerciale américaine actuelle. Selon lui, les pays visés pourraient difficilement échapper à de nouvelles mesures.
Les milieux économiques suisses espèrent encore parvenir à un accord avec Washington afin de limiter l’impact de ces décisions. Une entente négociée précédemment prévoyait notamment un taux de droits de douane de 15 %, mais son avenir reste incertain.
Les entreprises suisses redoutent un impact durable
Les nouvelles tensions commerciales arrivent dans un contexte déjà délicat pour plusieurs secteurs exportateurs. L’horlogerie, les machines, la chimie ou encore l’industrie pharmaceutique figurent parmi les activités particulièrement exposées au marché américain.
Pour les entreprises, l’enjeu dépasse le simple montant des taxes. Une multiplication des procédures douanières pourrait compliquer les échanges, augmenter les coûts administratifs et rendre les décisions d’investissement plus difficiles.
La Suisse se retrouve également confrontée à une évolution internationale plus large sur la responsabilité des entreprises. L’Union européenne applique désormais de nouvelles règles sur les chaînes d’approvisionnement, qui concerneront aussi certaines sociétés helvétiques exportant vers le marché européen.
Si l’Union européenne est actuellement soumise à des droits de douane américains plus faibles que la Suisse, l’écart pourrait renforcer la pression sur les exportateurs helvétiques.
Le bras de fer entre Berne et Washington est donc loin d’être terminé. Alors que la première taxe vient d’entrer en vigueur, l’économie suisse attend désormais de connaître l’issue des prochaines décisions américaines.








