Le succès mondial de collaborations comme la MoonSwatch ou la Royal Pop a rappelé une chose essentielle : la Suisse sait encore parler au grand public quand elle ose sortir de ses codes habituels. Mais derrière ces coups d’éclat, une réalité plus froide s’impose.
Une grande partie de l’horlogerie suisse accessible stagne, tandis que les géants japonais progressent avec méthode. Seiko, Citizen et Casio ne cherchent pas forcément à détrôner Rolex ou Patek Philippe. Leur force est ailleurs, séduire massivement avec des montres fiables, bien positionnées et encore accessibles.
Les montres japonaises avancent là où la Suisse recule
Le contraste est frappant. L’industrie horlogère suisse continue de dominer les segments les plus prestigieux, mais ses volumes diminuent depuis des années. En 2025, la Suisse a exporté près de 14,6 millions de montres. Au début des années 2000, elle en exportait encore presque deux fois plus. La baisse est particulièrement forte dans l’entrée de gamme, où les modèles à prix usine inférieur à 200 francs ont fortement reculé.
Dans le même temps, les fabricants japonais affichent une dynamique bien différente. Seiko, Citizen et Casio se sont imposés comme de puissants groupes capables de vendre à grande échelle, sans renoncer à la qualité perçue, indique Blick. Leur force tient à une stratégie très claire. Rester concentrés sur des montres de masse, souvent abordables, mais suffisamment solides et désirables pour attirer des publics très différents.
Le Japon ne joue donc pas seulement sur le prix. Il joue aussi sur la cohérence. Casio profite de la vague vintage avec ses modèles digitaux et sa gamme G-Shock, très présente dans la culture pop. Seiko séduit les passionnés avec des montres mécaniques accessibles, tout en montant en gamme avec Grand Seiko. Citizen, de son côté, capitalise sur des technologies connues, comme l’Eco-Drive, et sur des modèles bien placés.
Prix, image et désir : la leçon japonaise
L’un des grands avantages japonais tient à la discipline tarifaire. Alors que de nombreuses marques suisses ont fortement augmenté leurs prix ces dernières années, les fabricants japonais ont conservé une offre lisible pour le grand public. Grand Seiko a bien monté ses tarifs, mais la marque conserve encore des modèles sous la barre des 2000 francs, avec une qualité souvent saluée par les amateurs.
Le contexte culturel joue aussi en faveur du Japon. Le pays bénéficie aujourd’hui d’une image forte dans la mode, la pop culture, le design et les objets du quotidien. Les marques horlogères japonaises exploitent très bien cette tendance. Elles paraissent moins figées, moins intimidantes, parfois plus proches des jeunes acheteurs que certaines maisons suisses au ton très institutionnel.
Cela ne signifie pas que la Suisse a perdu la bataille. Son prestige reste immense, notamment dans le luxe. Mais le risque est réel sur le marché des montres abordables. Après avoir laissé filer le quartz puis les montres connectées, l’industrie suisse ne peut pas ignorer une nouvelle fois le poignet du grand public.
La Royal Pop et la MoonSwatch montrent justement une piste intéressante. Elles prouvent qu’une montre suisse peut encore créer de l’attente, faire parler d’elle et toucher des millions de consommateurs. Mais pour tenir face au Japon, il faudra plus que des événements ponctuels. Il faudra des produits accessibles, bien pensés, désirables et réguliers. C’est précisément là que les Japonais ont pris de l’avance.








