Donald Trump accentue la pression sur la Suisse dans un contexte de négociations commerciales tendues entre Berne et Washington. L’administration américaine critique désormais ouvertement le fonctionnement du marché helvétique, en visant à la fois ses normes agricoles et ses circuits de distribution.
Pour la première fois, les géants Coop et Migros se retrouvent indirectement dans le viseur des autorités américaines. Cette prise de position relance un débat sensible sur l’ouverture du marché suisse et la protection de son modèle agricole.
Washington dénonce des obstacles à l’entrée de ses produits
Dans un rapport officiel relayé notamment par La Tribune de Genève le 29 avril, les États-Unis pointent du doigt plusieurs barrières qu’ils jugent problématiques pour leurs exportations. Les normes suisses encadrant les produits biologiques sont particulièrement visées, tout comme les exigences strictes en matière de qualité et de traçabilité. Selon Washington, ces règles constituent des « obstacles significatifs » à l’accès au marché suisse, en limitant la compétitivité des produits américains.
Au-delà des aspects réglementaires, c’est aussi la structure même du commerce de détail qui est critiquée. Sans les nommer explicitement, Jamieson Greer, représentant américain au commerce, cible clairement Coop et Migros, qui dominent largement le secteur. Leur poids est tel qu’ils influencent fortement l’offre disponible en rayon, souvent en faveur des produits locaux ou labellisés suisses. Cette situation est perçue par les autorités américaines comme un frein supplémentaire à l’implantation de produits étrangers.
Ces critiques interviennent alors que les discussions autour d’un éventuel accord commercial entrent dans une phase décisive. Washington pousse pour un assouplissement des règles, en particulier dans le domaine agricole. L’objectif est d’obtenir un meilleur accès pour des produits américains comme la viande ou certaines cultures issues de technologies génétiques. Cette offensive s’inscrit dans une stratégie plus large visant à réduire les barrières non tarifaires sur plusieurs marchés internationaux.
Berne défend ses standards et son modèle agricole
Face à ces pressions, la Suisse reste ferme sur ses positions. Les autorités fédérales mettent en avant la nécessité de maintenir des normes élevées, tant pour garantir la qualité des produits que pour répondre aux attentes des consommateurs. En Suisse, la méfiance à l’égard des OGM et de la viande issue d’élevages intensifs reste forte, ce qui limite politiquement toute ouverture dans ces domaines.
Les agriculteurs suisses, déjà confrontés à des coûts de production élevés, redoutent une concurrence accrue venant des États-Unis. Une libéralisation plus poussée du marché pourrait fragiliser un secteur qui bénéficie aujourd’hui de mesures de protection importantes. Berne souligne également que certaines concessions ont déjà été faites dans le cadre des négociations, même si elles sont jugées insuffisantes par Washington.
Du côté de Coop et Migros, les accusations américaines sont rejetées. Les deux enseignes rappellent que le marché suisse est devenu plus concurrentiel ces dernières années, notamment avec la montée en puissance de discounters comme Aldi et Lidl, relève Blick. Elles insistent aussi sur leur rôle dans la valorisation de la production locale, qui correspond à une demande claire des consommateurs.
La Suisse cherche à préserver son modèle tout en évitant un isolement commercial, tandis que les États-Unis tentent d’élargir leurs débouchés. L’issue des négociations pourrait avoir des répercussions concrètes sur les prix, l’offre en magasin et l’avenir de l’agriculture suisse.








