La hausse des prix de l’essence en Suisse s’impose comme un sujet politique et économique central dans un contexte international instable. Le conflit en Iran et les menaces sur le détroit d’Ormuz ravivent les craintes d’une perturbation durable des flux pétroliers.
À Berne, plusieurs élus ont interpellé le Conseil fédéral sur les conséquences pour les consommateurs et sur les moyens d’action disponibles. Le gouvernement a répondu en rappelant à la fois la solidité de l’approvisionnement et les limites de son intervention sur les prix.
Un approvisionnement sécurisé mais sous pression internationale
Lors de l’heure des questions au Conseil national lundi, la question des réserves pétrolières et de la sécurité énergétique a occupé une place centrale. Le conseiller national Pierre-Alain Fridez (PS/JU) a notamment alerté sur les risques liés à la présence de mines iraniennes dans le détroit d’Ormuz, un point de passage clé pour le commerce mondial du pétrole. Une fermeture prolongée de cette voie maritime pourrait perturber durablement les flux énergétiques.
Face à ces inquiétudes, le Conseil fédéral a tenu à rassurer. L’approvisionnement de la Suisse en produits pétroliers est actuellement assuré, même si l’évolution de la situation au Proche-Orient reste incertaine. En cas de besoin, la Confédération peut mobiliser ses réserves obligatoires, qui couvrent entre trois et cinq mois de consommation selon les produits. Ce dispositif constitue un levier de sécurité en cas de rupture d’approvisionnement.
La structure des importations suisses limite l’exposition directe à la région. Le pays importe moins de 5 % de son pétrole brut du Moyen-Orient. Les principaux fournisseurs sont les États-Unis, plusieurs pays africains, ainsi que le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan. Pour les produits raffinés, la dépendance à l’Union européenne est très forte, avec environ 98 % des importations provenant de pays voisins, notamment de l’Allemagne.
Cette diversification ne protège pas contre les effets de marché. Une perturbation du détroit d’Ormuz influence les prix à l’échelle mondiale, ce qui se répercute rapidement en Suisse. Depuis le début du conflit, le coût du carburant a nettement progressé, atteignant environ 2 francs le litre dans certaines régions, en particulier en Suisse romande.
Des outils de surveillance mais aucun contrôle direct des prix
Face à cette hausse, plusieurs parlementaires ont évoqué la possibilité d’un plafonnement des prix de l’essence. Le Conseil fédéral a rejeté cette option en rappelant qu’il ne dispose pas de compétence pour fixer ou limiter les prix à la pompe. Cette position a été réaffirmée en réponse à une intervention du conseiller national Benoît Gaillard (PS/VD), qui s’interrogeait sur d’éventuelles marges excessives des distributeurs, relate 20Min.
Le gouvernement souligne que le marché des carburants repose sur le principe de la concurrence. Il n’exerce aucun contrôle direct sur les marges pratiquées par les acteurs du secteur. En revanche, des mécanismes de surveillance existent. En cas de soupçon d’abus, la Commission de la concurrence (Comco) peut ouvrir une enquête et, si des infractions sont établies, prononcer des sanctions pouvant atteindre 10 % du chiffre d’affaires réalisé en Suisse sur les trois dernières années.
Le Surveillant des prix peut également intervenir lorsque des niveaux tarifaires apparaissent abusifs en raison d’une concurrence insuffisante. Ces instruments visent à garantir un fonctionnement équitable du marché sans instaurer de régulation directe des prix.
À ce stade, les autorités indiquent ne disposer d’aucun indice de spéculation ni de marges excessives. Cette précision a été apportée en réponse à une question du conseiller national Daniel Sormanni (MCG/GE). Le Conseil fédéral reconnaît néanmoins que la hausse des prix représente une charge significative pour les ménages, dans un contexte où les tensions énergétiques se multiplient.
La situation actuelle illustre la dépendance des économies ouvertes aux évolutions géopolitiques. Même avec un approvisionnement diversifié et des réserves stratégiques, la Suisse reste exposée aux fluctuations des marchés mondiaux, sans levier direct pour contenir la hausse des prix à court terme.








