Le nombre de faillites en Suisse connaît une progression marquée depuis le début de l’année. Cette évolution ne s’explique pas uniquement par la conjoncture économique, mais aussi par une modification importante du cadre légal.
Depuis 2025, la manière dont certaines dettes publiques sont recouvrées a été profondément revue. Cette réforme produit désormais des effets visibles dans les statistiques nationales. Selon les données récentes, la Suisse pourrait même enregistrer un niveau inédit de faillites d’ici la fin de l’année.
Une réforme du recouvrement des dettes qui modifie les statistiques
Depuis janvier 2025, une modification de la législation suisse a changé la procédure utilisée pour récupérer certaines créances de droit public. Désormais, les autorités publiques doivent engager une procédure de faillite pour faire valoir leurs créances, alors que ces dettes étaient auparavant souvent poursuivies par voie de saisie.Ce changement administratif a un impact direct sur les statistiques. Selon l’association de créanciers Creditreform, le nombre de faillites d’entreprises a fortement progressé au cours des premiers mois de l’année.
Entre janvier et février, 2361 faillites ont été enregistrées en Suisse. Cela représente une hausse d’environ 76% par rapport à la même période de l’année précédente. Cette augmentation s’explique en grande partie par l’application de la nouvelle législation, entrée en vigueur en janvier 2025 et dont les effets se sont progressivement fait sentir.
La réforme prévoit que les créances de droit public ne soient plus recouvrées par voie de saisie mais par une procédure de faillite. Cette modification entraîne mécaniquement une augmentation du nombre de faillites enregistrées dans les statistiques officielles.
Selon Creditreform, si la tendance observée depuis le début de l’année se poursuit, plus de 14 400 faillites pourraient être comptabilisées sur l’ensemble de l’année. En comparaison, 11 694 faillites avaient été enregistrées en 2025.
Une telle évolution représenterait une progression d’environ 23,1% et constituerait un niveau inédit dans les statistiques suisses. L’association évoque la possibilité d’un record sans précédent.
Les spécialistes soulignent toutefois que cette hausse ne traduit pas nécessairement une détérioration soudaine de la santé financière des entreprises, indique Watson. Une part importante de l’augmentation observée est liée à ce changement dans la procédure de recouvrement des dettes.
Faillites personnelles et radiations d’entreprises également en hausse
La progression des faillites ne concerne pas uniquement les entreprises. Les statistiques montrent également une augmentation des faillites personnelles.
Au cours des deux premiers mois de l’année, 281 faillites de personnes vivantes ont été enregistrées. Ce chiffre représente une hausse de 42,6% par rapport à la même période de l’année précédente.
Pendant longtemps, l’augmentation des faillites personnelles provenait surtout des successions refusées. Dans ces situations, les héritiers refusaient l’héritage d’une personne décédée en raison des dettes qui y étaient associées. Les données récentes montrent désormais une progression plus marquée des faillites personnelles concernant directement des personnes encore en vie.
Creditreform observe également une augmentation des publications de faillites liées à des défauts d’organisation au sein des entreprises. Ces cas ont progressé d’environ 32%.
Selon l’association, cette évolution pourrait s’expliquer par la charge de travail importante des offices des faillites. Face à l’augmentation du nombre de procédures, certaines situations administratives auraient été traitées plus tardivement avant d’être finalement publiées.
Parallèlement à la hausse des faillites, l’activité entrepreneuriale reste dynamique en Suisse. Depuis le début de l’année, 9372 nouvelles sociétés ont été inscrites au registre du commerce.
Dans le même temps, les radiations d’entreprises ont également augmenté. Elles ont progressé de 7,2%, ce qui conduit finalement à une légère baisse nette du nombre total d’entreprises, estimée à 2,6% sur un an.
Pour l’ensemble de l’année 2026, Creditreform prévoit plus de 57 500 nouvelles entreprises inscrites au registre du commerce, soit une progression d’environ 3,3%. Les radiations devraient également augmenter, avec environ 34 900 sociétés concernées, ce qui représenterait une hausse estimée à 2,9%.
Ces données illustrent une dynamique contrastée du tissu économique suisse. La création d’entreprises reste soutenue, tandis que la modification des règles de recouvrement des dettes entraîne une hausse visible du nombre de faillites dans les statistiques.








