Les tensions commerciales internationales continuent de produire des effets concrets pour certaines entreprises exportatrices suisses. Dans un contexte marqué par des politiques commerciales plus protectionnistes et des fluctuations monétaires importantes, plusieurs groupes industriels doivent composer avec des conditions de marché plus incertaines.
Un constructeur aéronautique, basé à Stans dans le canton de Nidwald, en a fait l’expérience ces derniers mois. L’entreprise a été directement touchée par l’introduction de droits de douane américains visant certaines exportations suisses.
Les droits de douane américains ont coûté environ 20 millions de francs
Pilatus fait partie des acteurs industriels suisses fortement tournés vers l’exportation. Le constructeur d’avions d’affaires et d’appareils d’entraînement militaire vend une grande partie de sa production à l’étranger, en particulier aux États-Unis. Ce marché représente un débouché majeur pour l’entreprise.
Interviewé par la Neue Zürcher Zeitung, Hansueli Loosli, président du conseil d’administration de Pilatus, a déclaré que l’année écoulée fut marquée par un choc commercial provoqué par la politique douanière américaine. Durant les trois premiers mois de l’année, les exportations suisses vers les États-Unis n’étaient soumises à aucun droit de douane, conformément à un accord aéronautique international signé en 1979.
La situation a changé au printemps lorsque l’administration américaine a annoncé l’introduction de droits de douane de 31% sur certaines exportations suisses. Ces mesures sont brièvement entrées en vigueur le 9 avril 2025. Face à cette décision, Pilatus a immédiatement suspendu ses livraisons vers les États-Unis afin d’éviter un désavantage concurrentiel trop important.
Quelques semaines plus tard, ces droits de douane ont été suspendus pendant 90 jours, remplacés par un taux uniforme de 10%. Cette évolution a permis au constructeur de reprendre ses livraisons dès le mois de mai. Mais la situation s’est de nouveau tendue au début du mois d’août, lorsque de nouveaux droits de douane atteignant 39% ont été introduits.
Dans ce contexte, Pilatus a décidé d’interrompre temporairement ses livraisons une seconde fois afin de renégocier les conditions commerciales avec ses distributeurs et ses clients. Cette stratégie a permis de limiter l’impact financier des mesures américaines.
Au total, les droits de douane ont représenté un coût d’environ 20 millions de francs pour l’entreprise. Selon la direction, ce montant aurait été plus élevé si Pilatus n’avait pas suspendu ses livraisons pendant deux mois. Une partie de ces coûts a également été absorbée par les distributeurs et certains clients finaux, qui ont accepté de partager l’effort financier malgré l’absence d’obligation contractuelle.
Le taux de change pèse encore davantage que les mesures commerciales
Si les droits de douane ont représenté un choc important, la faiblesse du dollar face au franc suisse constitue un défi encore plus significatif pour Pilatus. Comme de nombreuses entreprises exportatrices, le constructeur est exposé aux fluctuations des devises.
Au début de l’année 2025, le dollar s’échangeait autour de 0,90 franc suisse. Quelques mois plus tard, la devise américaine est tombée à environ 0,77 franc. Cette évolution a eu un impact direct sur les revenus générés par les ventes réalisées aux États-Unis.
Selon les estimations communiquées par l’entreprise, la baisse du dollar a entraîné une perte d’environ 60 millions de francs en termes de chiffre d’affaires et de résultat opérationnel par rapport à l’année précédente. Pour Pilatus, cette évolution représente un défi encore plus important que les droits de douane.
Malgré ces difficultés, les États-Unis restent un marché stratégique pour l’entreprise. Dans le segment des avions d’affaires, environ la moitié du chiffre d’affaires de Pilatus est réalisée sur le marché américain. Depuis trente ans, l’entreprise a investi près de 120 millions de francs aux États-Unis afin de renforcer sa présence commerciale et industrielle.
Pilatus poursuit également ses projets d’expansion dans le pays. Une nouvelle usine est en construction à Sarasota, en Floride, et devrait être achevée avant la fin de l’année 2027. Cette installation doit permettre d’augmenter la capacité de production afin de répondre à la demande croissante.
En Suisse, les capacités du site principal de Stans atteignent en effet leurs limites. L’usine peut produire au maximum 180 avions par an, alors que l’objectif de l’entreprise est de porter sa production à 300 appareils par an au cours des dix prochaines années.
Malgré le développement de nouvelles installations à l’étranger, Pilatus continue de renforcer ses effectifs en Suisse. L’an dernier, plus de 250 postes ont été créés dans le pays. Pour l’année en cours, l’entreprise prévoit encore la création de 150 à 200 emplois supplémentaires.








