La guerre au Moyen-Orient a provoqué un afflux sans précédent d’acheteurs d’or en Suisse, créant des tensions sur le marché des métaux précieux. Depuis les premières frappes sur l’Iran, la demande de lingots et de pièces d’or a considérablement augmenté, les négociants en or rapportant des volumes de ventes cinq fois plus élevés que la normale.
Ce phénomène inédit a conduit à des délais de livraison prolongés et à une forte hausse des prix. Alors que l’or, autrefois jugé peu attractif, devient une valeur refuge face à l’incertitude mondiale, la Suisse profite de cet engouement, à la fois sur le marché des particuliers et au niveau institutionnel, avec des bénéfices substantiels pour la Banque nationale suisse.
Une demande historique qui met à mal l’approvisionnement
Depuis le déclenchement du conflit, les négociants suisses, comme Philoro, ont vu leurs téléphones sonner sans arrêt. Christian Brenner, directeur de Philoro, constate une demande « historique » pour l’or, en particulier pour les lingots de petites tailles, comme ceux de 50 grammes, comme l’indique Blick. Ces produits se vendent actuellement à 6 600 francs, et le délai d’attente pour obtenir de l’or physique est d’environ deux semaines. Le marché est sous pression, car aucun négociant ne dispose de stocks suffisants pour répondre à une telle demande. L’approvisionnement en lingots nécessite des transports sécurisés depuis les raffineries du Tessin vers les banques et négociants à travers la Suisse, une tâche logistique qui se fait à un rythme effréné.
En dépit de cette forte demande, le prix de l’or L’or frôle son record historiquecontinue de grimper. En 2016, le kilo d’or était évalué à environ 40 000 francs. Aujourd’hui, il dépasse les 130 000 francs, et les spécialistes du secteur prévoient que cette tendance se poursuivra si la crise géopolitique se prolonge. L’accélération des ventes d’or n’est pas seulement due à l’instabilité au Moyen-Orient, mais aussi à la recherche de valeurs refuges dans un contexte d’inflation croissante et d’incertitude économique.
L’intérêt pour l’or se reflète aussi dans le profil des investisseurs : « Nous avons beaucoup de nouveaux clients, et ils sont de plus en plus jeunes », explique Christian Brenner. Ce phénomène témoigne de la redécouverte de l’or comme un moyen de se protéger contre les risques économiques, après des années où le métal précieux était souvent délaissé par rapport à des actifs plus rentables.
L’or, un bouclier économique pour les Suisses et la Banque nationale
L’or devient de plus en plus populaire parmi les Suisses, qui, selon une étude menée à l’automne 2024, détiendraient environ 200 tonnes de lingots et de pièces d’or dans leurs appartements, maisons, coffres privés et banques. La valeur de ces stocks a considérablement augmenté ces dernières années et pourrait désormais avoisiner les 25 milliards de francs. Cette frénésie d’achat bénéficie également à la Banque nationale suisse (BNS), qui détient près de 1 040 tonnes d’or. En 2025, la hausse de la valeur de ces réserves a permis à la BNS de dégager un excédent de plus de 36 milliards de francs, redistribué à l’État fédéral et aux cantons.
Cet engouement pour l’or a des effets positifs sur les finances publiques, mais l’impact va au-delà des seules institutions : de nombreux Suisses investissent dans l’or physique comme moyen de diversifier leur patrimoine et de se protéger contre une possible perte de pouvoir d’achat. Des lingots, des pièces d’or et même des petites unités comme les Vreneli (monnaie d’or suisse) connaissent un intérêt renouvelé, bien que leur prix ait augmenté par rapport au cours réel de l’or.
La Suisse, avec son rôle de centre financier et ses institutions solides, profite largement de cette tendance. Le pays est devenu une plaque tournante pour les investisseurs désireux d’acheter de l’or, que ce soit pour des raisons de sécurité ou comme protection contre les crises économiques.
L’incertitude géopolitique et les prévisions pour l’or
La hausse de la demande d’or, bien qu’importante, semble modérée par rapport à d’autres crises géopolitiques passées. Katja Gisler, stratège en chef chez Wellershoff & Partners, tempère l’enthousiasme : « L’or a un réel potentiel, mais la hausse reste modérée par rapport aux crises antérieures. » Elle note que les effets du conflit au Proche-Orient sont atténués par les politiques économiques adoptées après des événements comme ceux liés à l’ancien président américain Donald Trump. Les marchés semblent anticiper un conflit plus court et moins grave qu’initialement prévu.
Malgré cette certaine prudence, les petits investisseurs continuent de se tourner massivement vers l’or physique. L’achat de petites quantités de lingots, notamment ceux d’un gramme, qui ressemblent à des tablettes de chocolat, connaît un véritable engouement. Ces petites unités sont non seulement considérées comme un investissement à long terme, mais aussi comme une réserve de valeur qui pourrait servir en cas de crise plus grave.








