Depuis plusieurs années, la Confédération suisse a tendance à surestimer ses déficits budgétaires, un phénomène qui s’est encore confirmé en 2025. En effet, bien que le gouvernement ait prévu un déficit de 815 millions de francs pour 2025, le bilan final a révélé un excédent de 259 millions de francs, un écart de plus d’un milliard entre les prévisions et la réalité.
Cette tendance à prévoir des déficits plus importants que ceux qui se produisent effectivement n’est pas nouvelle, et soulève la question de la prudence budgétaire ainsi que des raisons derrière cette approche. Ce phénomène a des implications non seulement pour la gestion des finances publiques, mais aussi pour les choix d’investissement et de politique économique à long terme.
Des prévisions excessivement pessimistes : une tendance confirmée depuis des années
Depuis plus d’une décennie, la Confédération suisse adopte une approche systématiquement prudente dans ses prévisions budgétaires. Entre 2015 et 2019, les recettes ont été régulièrement sous-estimées, et les déficits projetés ne se sont pas réalisés. Par exemple, en 2017, un léger déficit était prévu, mais l’année s’est clôturée sur un excédent de près de trois milliards de francs. La même dynamique a été observée en 2018 et 2019, où les résultats ont dépassé les prévisions de plusieurs milliards grâce à une croissance économique solide et des recettes fiscales meilleures que prévu.
La seule exception à cette règle de sous-estimation des déficits s’est produite pendant la pandémie de Covid-19. En 2020, la Confédération a enregistré un déficit record de 16,1 milliards de francs, en raison des dépenses exceptionnelles pour le chômage partiel, les aides aux entreprises et les pertes de recettes. Cependant, depuis 2023, la tendance à la sous-estimation des déficits s’est à nouveau confirmée, avec des excédents réguliers, notamment en 2024 et 2025.
Cette approche « trop pessimiste » dans les prévisions budgétaires a des raisons bien ancrées dans la politique suisse, en particulier le principe constitutionnel du « frein à l’endettement ». Cette règle, approuvée par référendum en 2001, impose à la Confédération de ne pas dépenser plus qu’elle ne gagne à long terme. En raison de cette obligation, les prévisions budgétaires sont souvent réalisées de manière à éviter toute possibilité de déficit, ce qui entraîne des projections financières plus faibles que la réalité. En d’autres termes, pour éviter tout risque de non-conformité avec la règle constitutionnelle, les autorités budgétaires suisses sont contraintes de sous-estimer les recettes et de surestimer les dépenses.
La prudence budgétaire : un principe constitutionnel et politique
Cette prudence excessive est également alimentée par un climat politique où les déficits sont perçus comme un signe de mauvaise gestion. Ainsi, même en période de croissance économique, il existe une réticence à ajuster les prévisions en fonction des recettes réelles. Cette approche vise à garantir une gestion rigoureuse des finances publiques et à maintenir une faible dette publique, un objectif très soutenu par les partis politiques suisses.
Cependant, cette stratégie pourrait avoir des effets secondaires négatifs, notamment dans la capacité à investir dans des domaines clés tels que les infrastructures, l’éducation et la recherche. L’économiste Fabrizio Mazzonna, professeur à l’Université de la Suisse italienne, met en garde contre les dangers d’une épargne excessive, soulignant que dans des périodes d’incertitude mondiale, une trop grande prudence budgétaire pourrait finalement nuire à l’économie en limitant les investissements nécessaires à la croissance future, relate la RTS. Selon lui, « l’État n’est ni une entreprise ni un père de famille » et, en cherchant à trop économiser, la Confédération pourrait ne pas investir suffisamment dans les secteurs d’avenir qui soutiendront la compétitivité à long terme de la Suisse.








