Le travail à temps partiel est un phénomène largement répandu en Suisse, mais son impact varie considérablement selon les secteurs d’activité et les régions. Si ce mode de travail est parfois perçu comme une opportunité pour concilier vie professionnelle et personnelle, dans de nombreux cas, il est imposé plutôt que choisi.
Environ quatre actifs sur dix en Suisse travaillent moins de 37 heures par semaine, mais pour beaucoup, le travail à temps partiel reste un compromis contraint. Ce constat est particulièrement vrai pour les femmes, souvent confrontées à des emplois précaires et à des conditions de travail qui ne leur permettent pas d’atteindre un revenu stable et suffisant.
Le temps partiel dans les secteurs précaires est une réalité imposée
Dans des secteurs tels que le nettoyage, la garde d’enfants et les soins aux personnes âgées, le travail à temps partiel n’est souvent pas une option, mais une contrainte imposée par des conditions de travail précaires. Une étude de l’Université de Zurich, menée par les chercheuses Karin Schwiter et Khaoula Ettarfi, et relatée par Watson, révèle que de nombreuses femmes travaillant dans ces secteurs n’ont pas accès à des emplois à temps plein réguliers. Un exemple significatif est celui d’une femme de ménage genevoise qui, malgré son travail à l’heure, ne parvient pas à atteindre un plein temps, avec des revenus mensuels variant entre 1 500 et 2 000 francs suisses. Ces fluctuations rendent difficile la stabilité financière, et la plupart de ces travailleuses doivent compter sur un soutien extérieur, comme un partenaire ou la famille, pour subvenir à leurs besoins.
Les données révèlent également que dans des secteurs comme le commerce de détail, la situation est similaire. Sur les portails d’emploi des grandes entreprises telles que Migros, Aldi ou Coop, environ 60 % des offres pour des postes d’entrée sont à temps partiel, avec des taux d’occupation souvent inférieurs à 50 %. Karin Schwiter, chercheuse en géographie du travail, explique que dans certains secteurs comme le commerce de détail et le nettoyage, les nouveaux employés sont souvent contraints d’accepter ces postes à faibles taux d’occupation, faute de mieux. Le travail à temps partiel devient alors une norme imposée dans ces professions, renforçant l’instabilité des revenus et la précarité pour de nombreuses femmes.
Disparités régionales et culturelles : un modèle inégalitaire selon le canton
Les disparités dans le travail à temps partiel ne se limitent pas seulement aux secteurs d’activité, elles sont également marquées par des différences géographiques et culturelles importantes en Suisse. Dans des cantons comme le Jura et Obwald, plus de 60 % des femmes actives travaillent à temps partiel. En revanche, dans des cantons urbains comme Genève et Bâle-Ville, les taux sont nettement plus faibles, autour de 44 % et 46 %, respectivement. Ces différences sont en grande partie liées à l’accessibilité des services de garde d’enfants, qui varient d’un canton à l’autre.
Dans les zones urbaines, les structures d’accueil extrafamiliales sont généralement plus développées, parfois subventionnées, ce qui permet aux mères de travailler à plein temps tout en s’assurant que leurs enfants sont pris en charge. En revanche, dans des cantons plus ruraux comme Schwytz, ces services sont souvent inexistants ou insuffisants. Il a fallu attendre deux ans pour qu’un soutien étatique à la garde d’enfants soit introduit dans ce canton, ce qui révèle un retard dans l’accessibilité des services essentiels pour permettre aux femmes de travailler à plein temps.
Les facteurs culturels jouent également un rôle majeur. Dans les régions plus conservatrices, il est plus courant que les mères réduisent leur taux d’occupation, souvent en raison d’un manque de structures d’accueil et de l’absence d’une politique d’égalité des genres soutenue. En revanche, dans les zones urbaines, il est plus fréquent de voir les femmes travailler à plein temps et les hommes à temps partiel, ce qui démontre une plus grande flexibilité et un modèle plus égalitaire. Ce phénomène est particulièrement visible dans des cantons comme Bâle-Ville, où 23 % des hommes travaillent à temps partiel, et où la différence entre hommes et femmes est moins marquée qu’ailleurs.








