Enrichissement des plus riches : Le fossé entre salaires et fortunes s’élargit à grande vitesse en Suisse

En Suisse, les inégalités de fortune se creusent plus vite que les écarts salariaux, rendant nécessaires des réformes fiscales pour assurer une meilleure équité.

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Salaire
Enrichissement des plus riches : Le fossé entre salaires et fortunes s’élargit à grande vitesse en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

En Suisse, les inégalités économiques sont souvent associées aux écarts de salaires, un sujet récurrent dans les discussions publiques. Cependant, un nouveau rapport sur l’évolution des inégalités, révélé par la RTS, met en lumière une réalité préoccupante : ce sont les inégalités de fortune qui se creusent plus rapidement que les différences salariales. 

La richesse des plus fortunés progresse nettement plus vite que les revenus des travailleurs. Ce phénomène, qui dure depuis plusieurs décennies, commence à avoir des conséquences profondes sur la structure sociale et économique du pays. L’étude, coécrite par plusieurs experts, dont le professeur Marius Brülhart de l’Université de Lausanne, révèle que l’écart entre ces deux types d’inégalités n’a cessé de se creuser depuis 2000.

La dynamique des inégalités de fortune

Si la Suisse a longtemps été perçue comme un modèle d’équité salariale en Europe, l’écart entre les différentes tranches de la population s’est radicalement modifié dans les deux dernières décennies. En effet, selon le rapport de Marius Brülhart, la Suisse présente aujourd’hui une particularité : ses écarts de fortune se sont nettement amplifiés par rapport aux différences salariales, relate la RTS. Alors que les salaires ont progressé d’environ 2,5 % par an au cours des 25 dernières années, les fortunes des plus riches ont, elles, augmenté d’environ 4 % par an. Ce décalage grandissant résulte d’une évolution du capital, qui a bénéficié de deux facteurs principaux.

Premièrement, les indices boursiers ont connu une croissance rapide, deux fois plus rapide que celle du produit intérieur brut (PIB). Cette performance des marchés financiers a permis aux actionnaires de récolter une part de plus en plus importante des profits générés par l’économie suisse. Ensuite, l’immobilier a également joué un rôle majeur dans cette accumulation de richesse. L’augmentation des prix de l’immobilier a profité principalement à ceux qui détiennent des propriétés, un phénomène particulièrement visible dans les grandes villes comme Zurich et Genève, où la valeur des biens a considérablement augmenté ces dernières années. Ceux qui possédaient déjà de l’immobilier ont donc vu leur richesse se multiplier, bien plus rapidement que les salaires des travailleurs.

Cette concentration de la richesse dans les mains de ceux qui détiennent des actifs s’éloigne d’un modèle économique où l’effort individuel et les revenus du travail permettaient de combler l’écart. Aujourd’hui, ceux qui n’ont pas d’actifs à valoriser sont en décalage avec cette dynamique.

Le rôle crucial des salaires et les obstacles à la taxation du capital

Bien que les inégalités de fortune soient au centre des préoccupations économiques actuelles, les salaires restent le cœur du combat syndical. Daniel Lampart, économiste en chef de l’Union syndicale suisse, rappelle que la majorité de la population dépend encore de son revenu salarial pour vivre. En ce sens, les syndicats ont concentré leurs efforts sur la réduction des écarts salariaux, cherchant à limiter les écarts entre les bas et les hauts revenus. Ces combats ont, selon lui, permis d’éviter un creusement des inégalités salariales et de maintenir un équilibre relatif entre les différentes couches sociales.

Cependant, l’argument en faveur d’une révision du système fiscal, pour mieux taxer la fortune, reste d’actualité. Dusan Isakov, professeur de finance à l’Université de Fribourg, note qu’il existe une marge de manœuvre pour une hausse de l’imposition des patrimoines. Toutefois, il met en garde contre les limites pratiques d’une telle mesure. La Suisse, traditionnellement favorable à des taux d’imposition du capital bas pour attirer les entreprises, se heurte à des obstacles importants pour taxer efficacement la fortune. La complexité de l’évaluation du capital, qui inclut des actifs non monétaires comme l’immobilier, rend cette tâche particulièrement difficile. Les autorités suisses privilégient donc souvent une taxation sur le revenu du travail, ce qui accentue encore les inégalités, puisque ceux qui ne détiennent pas d’actifs sont les plus affectés.

En outre, Marius Brülhart avertit que ce glissement vers une société où les éléments dynastiques (le patrimoine familial) pèsent davantage que l’effort personnel risque d’éloigner la Suisse de l’idéal méritocratique. Les jeunes générations, par exemple, se retrouvent dans une situation où leur avenir dépend davantage du patrimoine familial que de leurs propres efforts ou de leur éducation.

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