Réforme fiscale pour les frontaliers : la double imposition risque de réduire le flux de main-d’œuvre en Suisse

La double imposition pour les frontaliers italiens en Suisse risque de les décourager, menaçant le marché du travail suisse.

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Frontaliers
Réforme fiscale pour les frontaliers : la double imposition risque de réduire le flux de main-d'œuvre en Suisse : Crédit : Croce & Associés SA | Econostrum.info - Suisse

Travailler en Suisse est toujours perçu comme un avantage, mais pour de nombreux frontaliers italiens, la situation a radicalement changé. Un accord signé en  2024  impose désormais une double imposition pour ces travailleurs, ce qui va considérablement alourdir leur charge fiscale. 

Ce changement risquerait de décourager certains travailleurs et pourrait entraîner des conséquences importantes pour le marché du travail en Suisse, notamment dans les secteurs dépendants de la main-d’œuvre frontalière. Alors que la Suisse reste un pôle économique attractif, la question se pose : une pénurie de travailleurs qualifiés est-elle en préparation?

Un coup dur pour les frontaliers italiens : une double imposition inattendue

Avant 2024, la Suisse était une destination rêvée pour les travailleurs italiens. Imposés à la source uniquement en Suisse, ces derniers profitaient de salaires élevés tout en étant exonérés d’impôts en Italie. Un système simple et attractif, qui bénéficiait aussi à l’économie locale : en retour, la Suisse reversait une partie de ces impôts aux communes italiennes. Mais l’accord fiscal signé entre la Suisse et l’Italie a bouleversé cette situation. Depuis 2024, les travailleurs italiens sont soumis à une double imposition : en Suisse, bien sûr, mais aussi en Italie, leur pays d’origine.

Cette nouvelle règle a un impact direct sur les revenus des frontaliers. Le média Blick a rapporté l’exemple d’un frontalier récent qui gagne environ 80’000 francs bruts par an en Suisse. Mais cette année, il a dû s’acquitter de près de 30’000 francs d’impôts, dont 5731 francs seulement sont prélevés en Suisse, le reste étant dû à l’Italie. Pour un travailleur seul, cela reste une charge importante, mais pour un couple, la double imposition devient véritablement lourde à porter.

À titre de comparaison, un frontalier plus ancien, est dans une situation similaire, mais il paie beaucoup moins. En 2025, ce dernier n’a versé que 2617 francs en Suisse, puisque l’ancien régime s’applique encore à lui pour quelques années. Mais attention, ce système favorable aux « anciens » frontaliers disparaîtra en 2033. Et à ce moment-là, tout le monde sera soumis à cette double imposition.

Cette réforme pourrait-elle faire fuir les frontaliers italiens de Suisse ? C’est une question qui inquiète, car au-delà de l’aspect financier, elle pourrait avoir un impact direct sur l’attractivité de la Suisse pour une main-d’œuvre étrangère, déjà en tension dans certains secteurs.

Les effets sur l’économie suisse : une pénurie de main-d’œuvre en perspective ?

La Suisse est un pôle économique attirant pour de nombreux travailleurs étrangers. Les salaires y sont relativement élevés et les conditions de travail attractives. Toutefois, avec l’arrivée de la double imposition, les frontaliers italiens pourraient bien se tourner vers d’autres destinations, où la fiscalité reste plus favorable. Dans les cantons frontaliers, notamment en Valais, où les Italiens constituent une part importante de la main-d’œuvre, ce changement a déjà fait sentir ses effets.

Bien que le nombre total de frontaliers ait continué de croître, les travailleurs italiens, eux, sont de moins en moins nombreux. Selon Travailsuisse, les Italiens représentaient une part croissante de la main-d’œuvre frontalière ces dernières années, mais depuis l’introduction de la réforme, leur nombre semble stagner. En effet, si ces derniers se détournent de la Suisse pour éviter une double imposition, le pays pourrait faire face à un manque de main-d’œuvre qualifiée dans des secteurs vitaux comme la santé, la construction ou l’industrie.

Cependant, tous ne sont pas alarmistes. Le syndicat Unia, par exemple, reste optimiste. Selon eux, la Suisse continuera d’attirer des travailleurs étrangers, notamment en raison de ses rentes plus élevées et de ses perspectives professionnelles. Même si la fiscalité devient plus lourde, les avantages à long terme, comme les retraites plus généreuses et la stabilité du marché de l’emploi, continuent d’être des atouts pour les frontaliers.

Cela dit, cette réforme pourrait quand même avoir des répercussions sur les secteurs les plus touchés par la pénurie de main-d’œuvre, notamment dans les régions limitrophes de l’Italie. Les entreprises suisses devront peut-être s’adapter à cette nouvelle donne, en offrant par exemple des incitations fiscales ou des avantages supplémentaires pour attirer des travailleurs étrangers.

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