L’économie suisse évolue dans un climat d’incertitude après la décision de la Cour suprême américaine d’invalider les droits de douane instaurés sous Donald Trump. Cette décision a été suivie d’une contre-attaque politique de l’ancien président, ravivant les tensions commerciales.
Pour les entreprises helvétiques, la question dépasse le cadre juridique et touche directement leurs résultats financiers. Certaines sociétés envisagent désormais de réclamer le remboursement de taxes qu’elles estiment avoir indûment acquittées.
Des remboursements complexes malgré des montants élevés
Entre avril et novembre 2025, près de deux milliards de dollars de droits de douane ont été prélevés sur des marchandises suisses à destination des États-Unis. Ces montants illustrent l’ampleur de l’enjeu pour les exportateurs helvétiques, en particulier dans des secteurs emblématiques. La décision de la Cour suprême américaine d’invalider certains fondements juridiques des surtaxes a ouvert une fenêtre d’opportunité, mais sans garantie de succès.
Dans la NZZ am Sonntag, le directeur général de la marque de montres Breitling a évoqué des montants significatifs que son entreprise espère récupérer. Le chocolatier Läderach examine également les possibilités de remboursement. Ces démarches restent toutefois conditionnées à un point central du droit américain : seules les entités ayant effectivement payé les droits aux États-Unis peuvent en demander la restitution.
Comme l’a rappelé Philippe Cordonnier, responsable romand de Swissmem, dans le journal de 12h30, « les remboursements peuvent uniquement se faire pour la personne aux États-Unis qui a payé les taxes, c’est-à-dire des distributeurs, des importateurs ou des clients », indique la RTS. Pour les entreprises suisses disposant d’une filiale sur le sol américain, la voie juridique apparaît plus accessible. En revanche, pour celles qui exportent via des partenaires locaux indépendants, la procédure s’annonce particulièrement complexe.
Cette configuration limite les perspectives de récupération pour une partie importante du tissu industriel helvétique. Les entreprises devront convaincre leurs partenaires américains d’engager les démarches, ce qui suppose des intérêts alignés et une volonté commune d’entrer dans des procédures administratives ou judiciaires parfois longues.
Dialogue politique maintenu dans un contexte instable
Sur le plan diplomatique, le Conseil fédéral entend maintenir le dialogue avec Washington. Selon la SonntagsZeitung, l’exécutif ne souhaite pas rompre les discussions en vue d’un accord commercial. Le ministre de l’Économie Guy Parmelin a rappelé que l’hypothèse d’une annulation des droits de douane figurait déjà dans le mandat de négociation adopté en décembre dernier. Les commissions de politique extérieure des Chambres fédérales ainsi que les cantons soutiennent également la poursuite des échanges avec les États-Unis.
La directrice du Secrétariat d’État à l’économie, Helene Budliger Artieda, estime que l’administration Trump maintiendra son orientation en matière de politique commerciale. Dans le SonntagsBlick, elle prévient que « de nouveaux droits de douane ne sont pas à exclure ». Cette perspective entretient l’incertitude pour les entreprises suisses, même après la décision de la Cour suprême.
Les effets concrets à long terme du jugement restent difficiles à évaluer. La Suisse pourrait chercher à négocier un taux fixe dans un cadre bilatéral, ce qui offrirait une certaine visibilité mais comporterait le risque de figer les conditions commerciales dans un contexte évolutif. Une autre option consisterait à adopter une approche plus attentiste, en observant l’évolution de la politique américaine avant de s’engager davantage.
Pour l’économiste Stefan Legge, chargé de cours à l’Université de Saint-Gall, la nouvelle donne juridique américaine ne modifie « presque rien » pour la Suisse. Spécialiste de la politique fiscale et du commerce international, il souligne que Donald Trump pourrait recourir à d’autres bases juridiques pour imposer de nouveaux droits de douane. « Les droits de douane sont si centraux dans sa politique qu’il utilisera tout l’éventail des bases juridiques, qui ont chacune leurs avantages et leurs inconvénients », explique-t-il dans une interview accordée au Matin Dimanche et à la SonntagsZeitung.
Dans ce contexte, Stefan Legge recommande à la Suisse de faire preuve de retenue et de mettre en avant les intérêts communs avec les États-Unis. Il considère que l’accord actuel, qui prévoit une série d’exceptions, positionne correctement la Confédération. La marge de manœuvre demeure étroite pour une économie fortement dépendante des exportations et soumise aux décisions d’une grande puissance commerciale.








