Nouvelle facture pour les ménages suisses : cette hausse de la TVA pourrait passer en force

Pour financer 31 milliards de francs en faveur de l’armée dès 2028, le Conseil fédéral mise sur une hausse temporaire de 0,8 point de TVA, un pari fiscal loin de faire l’unanimité.

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TVA suisse
Nouvelle facture pour les ménages suisses : cette hausse de la TVA pourrait passer en force : Crédit : KEYSTONE/Alessandro della Valle | Econostrum.info - Suisse

La question du financement de l’armée suisse s’impose désormais au cœur du débat budgétaire fédéral. Face à un environnement sécuritaire jugé plus instable en Europe, le Conseil fédéral entend renforcer durablement les capacités militaires du pays. 

Pour y parvenir, l’exécutif propose une hausse limitée et temporaire de la taxe sur la valeur ajoutée. Une option que le ministre de la défense Martin Pfister qualifie de « sacrifice notable, mais supportable » pour la population.

Une hausse de 0,8 point pour financer 31 milliards dès 2028

Selon les estimations du Conseil fédéral, la Suisse aura besoin d’environ 31 milliards de francs supplémentaires à partir de 2028 pour renforcer sa sécurité. Cet effort financier vise à moderniser les équipements, consolider les capacités existantes et adapter l’armée aux nouveaux défis stratégiques. L’objectif global reste de porter progressivement les dépenses militaires à 1 % du produit intérieur brut d’ici 2030.

Pour couvrir ces besoins, l’exécutif propose d’augmenter la TVA de 0,8 point de pourcentage, et ce pour une durée limitée à dix ans. Concrètement, Martin Pfister illustre l’impact de la mesure par un exemple simple : « Nous parlons de 80 centimes pour un achat de 100 francs ». Selon lui, cette contribution représenterait un effort mesuré au regard des enjeux sécuritaires et des investissements réalisés par d’autres pays européens, dont les budgets de défense ont fortement progressé ces dernières années.

Dans un entretien accordé à la Neue Zürcher Zeitung, le conseiller fédéral souligne que la Suisse est « actuellement trop peu équipée », relève Blick. Il estime que le constat est largement partagé et qu’un statu quo exposerait le pays à des vulnérabilités croissantes. « Le plan B signifie moins de sécurité pour la Suisse. Nous prendrions un risque énorme », avertit-il, en référence à un éventuel refus populaire de la réforme.

Le mécanisme choisi permettrait de respecter le frein à l’endettement, qui impose un équilibre structurel des comptes fédéraux. En finançant l’effort militaire par une recette fiscale supplémentaire et ciblée dans le temps, le gouvernement entend éviter un recours accru à l’emprunt ou des coupes massives dans d’autres politiques publiques.

Un calendrier politique serré et une opinion largement sceptique

La mise en œuvre de cette réforme suit un calendrier précis. Le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports a été chargé d’élaborer les modalités détaillées d’ici à la fin mars. Le Parlement devrait examiner le projet durant la session d’hiver prochaine, ouvrant la voie à un débat approfondi sur l’opportunité et l’ampleur de la hausse fiscale.

Toute modification de la TVA implique une révision constitutionnelle. En Suisse, cela signifie un double accord du peuple et des cantons lors d’une votation. Le scrutin est d’ores et déjà envisagé pour l’été 2027. L’issue reste incertaine, car la mesure touche directement l’ensemble des consommateurs et alimente un débat plus large sur la pression fiscale et le pouvoir d’achat.

Un sondage publié récemment par l’institut Sotomo montre l’ampleur des réticences. Selon cette enquête, 76 % des personnes interrogées se déclarent clairement ou plutôt opposées au projet d’augmentation de la TVA en faveur de l’armée. Ce chiffre traduit une défiance marquée à l’égard d’un nouvel impôt, même temporaire, dans un contexte où les ménages font face à la hausse des primes d’assurance maladie et à d’autres charges.

Le débat ne se limite donc pas à la seule question militaire. Il interroge la hiérarchisation des priorités budgétaires, le partage de l’effort entre générations et la perception des risques sécuritaires. Pour ses partisans, la stabilité et la capacité de défense constituent un investissement collectif. Pour ses opposants, la sécurité ne saurait justifier une augmentation généralisée de la fiscalité indirecte.

La proposition de Martin Pfister ouvre ainsi une séquence politique majeure, à la croisée des enjeux financiers, stratégiques et démocratiques, dont l’issue dépendra en dernier ressort du verdict des urnes en 2027.

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