Migros peut compter sur la solidité de sa filiale bancaire pour soutenir ses résultats. La Banque Migros a annoncé un bénéfice de 276 millions de francs pour l’exercice 2025, dans un environnement qu’elle qualifie d’exigeant.
Cette performance assure pratiquement à elle seule le bénéfice consolidé du groupe, dont les comptes complets seront publiés fin mars. Mais derrière ce soulagement financier se dessine une question stratégique de fond: la dépendance croissante du géant coopératif à sa banque.
Une banque devenue pilier central des résultats
Avec 276 millions de francs de bénéfice en 2025, la Banque Migros confirme son rôle moteur au sein du groupe. Le résultat est légèrement inférieur à celui de 2024, mais il demeure à un niveau élevé. Dans un contexte marqué par la pression sur les marges du commerce de détail, cette contribution représente un socle déterminant pour l’ensemble du conglomérat.
Manuel Kunzelmann, CEO de la Banque Migros, a rappelé que l’établissement constitue l’un des quatre piliers stratégiques du groupe, aux côtés de l’alimentaire, du non-alimentaire porté notamment par Digitec Galaxus, ainsi que des activités financières et de santé, rapporte Blick. L’objectif affiché est de continuer à contribuer de manière significative aux résultats consolidés. Cette déclaration souligne la place structurante qu’occupe désormais la banque dans l’équilibre économique de Migros.
Les chiffres illustrent cette évolution. Déjà en 2015, près d’un tiers du bénéfice du groupe provenait de la Banque Migros. Cette proportion n’a pas diminué depuis, selon les rapports annuels successifs. En 2023, la filiale bancaire avait enregistré un résultat record qui avait permis de compenser un déficit opérationnel du groupe. Sans cette performance, Migros aurait affiché une perte cette année-là. En 2024, plus des deux tiers du bénéfice consolidé provenaient encore de la banque.
Pour Jörg Staudacher, directeur de l’Institut suisse pour la vente et le commerce, la situation peut se résumer par une formule provocatrice: «Migros est une banque avec un détaillant.» L’expression est sévère, mais elle traduit une réalité comptable. Même si le groupe resterait solide sans sa filiale financière, ses marges seraient nettement plus limitées. Cette dépendance accrue place la banque au cœur de la stabilité financière du géant orange.
Une restructuration sous tension et un modèle questionné
Cette montée en puissance de la Banque Migros intervient alors que le groupe traverse la plus vaste restructuration de son histoire. Migros a engagé un recentrage stratégique, avec la vente de sa filiale Hotelplan et de plusieurs enseignes spécialisées. Parallèlement, l’entreprise met l’accent sur une stratégie de prix bas afin de répondre à la sensibilité croissante des ménages au pouvoir d’achat.
Le directeur général du groupe a indiqué en début d’année que le prix resterait central en 2026, soulignant que de nombreux ménages doivent surveiller leur budget. Cette orientation implique des efforts importants sur les marges dans les supermarchés. Or, selon Jörg Staudacher, cette stratégie peine pour l’instant à produire les effets attendus. Migros ne parviendrait pas à regagner des parts de marché de manière significative et financerait son offensive tarifaire en s’appuyant sur les bénéfices de sa banque.
La question devient alors structurelle. Si l’activité de détail ne retrouve pas une rentabilité suffisante dans les trois prochaines années, le groupe pourrait se retrouver dans une situation délicate. L’équilibre actuel repose sur la capacité de la Banque Migros à générer des profits élevés et réguliers. Un affaiblissement du secteur financier ou un retournement de conjoncture aurait un impact direct sur les comptes consolidés.
La comparaison avec Coop illustre une autre voie. La principale concurrente de Migros s’est progressivement retirée des services financiers au début des années 2000, avant de céder en 2017 ses dernières parts de Bank Coop à la Basler Kantonalbank. En 2025, Coop a affiché un bénéfice de 606 millions de francs, sans disposer d’une banque intégrée dans son périmètre. Ce contraste alimente le débat sur la pertinence du modèle combinant grande distribution et activité bancaire.
Du côté de la direction de Migros, la dépendance est connue. Déjà au printemps 2023, l’ancien président de la direction générale Fabrice Zumbrunnen évoquait l’importance croissante de la filiale bancaire et les risques liés à une concentration excessive. La situation actuelle confirme que la question ne relève pas d’un simple débat théorique, mais d’un enjeu stratégique concret.
Le groupe coopératif se trouve ainsi face à un dilemme. La Banque Migros représente une force financière indéniable et assure une stabilité précieuse dans une période de transformation. Mais plus sa contribution augmente, plus la dépendance devient visible. L’avenir du géant orange dépendra de sa capacité à rééquilibrer ses activités et à restaurer durablement la rentabilité de son cœur de métier.








