En Suisse, le tourisme d’achat continue de croître, malgré les tentatives des autorités pour limiter ce phénomène. Après plusieurs plaintes du secteur commercial suisse, la franchise douanière a été réduite de moitié au début de l’année 2025, passant de 300 à 150 francs.
Cette mesure, visant à freiner la fuite des dépenses vers les pays voisins, n’a cependant pas inversé la tendance. Selon des données de la Swiss Retail Federation et de l’institut BAK Economics, le volume des achats effectués à l’étranger a continué d’augmenter, avec une progression de 2,8% en 2025 par rapport à l’année précédente.
L’écart de prix et la force du franc : des facteurs qui encouragent le tourisme d’achat
L’une des raisons principales expliquant la poursuite du tourisme d’achat en Suisse est l’écart de prix significatif avec les pays voisins. Selon les analyses de BAK Economics, les coûts du commerce en Suisse restent en moyenne 50% plus élevés qu’en Allemagne, en France, en Italie et en Autriche. Cet écart est dû en grande partie aux dépenses liées à l’approvisionnement, à la main-d’œuvre et aux consommations intermédiaires. Malgré une TVA plus basse en Suisse, cette différence de prix reste un obstacle pour le commerce local, qui peine à rivaliser avec les prix pratiqués à l’étranger.
La force du franc suisse, qui atteint un niveau historiquement élevé, joue également un rôle déterminant dans cette dynamique. À l’heure actuelle, un euro ne vaut plus que 92 centimes suisses, renforçant l’attrait des achats à l’étranger pour les consommateurs suisses. En effet, cette parité favorable incite les Suisses à faire leurs achats dans les pays voisins, où les prix sont bien plus compétitifs. De ce fait, la politique douanière actuelle peine à limiter le phénomène, les consommateurs continuant de profiter de cette opportunité économique.
En parallèle, la concurrence des plateformes en ligne étrangères s’ajoute aux achats transfrontaliers. Les consommateurs ont désormais accès à des offres globales, souvent moins chères et avec des frais de port réduits, ce qui pèse encore davantage sur les marges des entreprises locales. Cette situation met une pression croissante sur les détaillants suisses, qui doivent jongler avec des coûts élevés tout en faisant face à une concurrence de plus en plus globale.
Les conséquences économiques du tourisme d’achat pour le commerce suisse
Le tourisme d’achat a des répercussions importantes pour l’économie suisse. La Swiss Retail Federation estime qu’il entraîne un manque à gagner annuel de plus de dix milliards de francs. Ce chiffre souligne l’ampleur du phénomène et les pertes subies par le commerce de détail suisse, en particulier par les petites entreprises, qui sont les plus vulnérables face à cette concurrence internationale.
Le commerce de détail suisse redoute également de nouvelles charges. L’association de détaillants a exprimé ses préoccupations face aux projets du Conseil fédéral visant à augmenter la TVA de 0,8% pour financer l’armée, ainsi que l’étude d’une nouvelle hausse de la TVA pour financer l’AVS. Selon Dagmar Jenni, la directrice de la Swiss Retail Federation, de telles hausses seraient contre-productives : « Si l’on veut renforcer l’économie intérieure, il ne faut pas alourdir le commerce de détail ni renchérir la consommation en Suisse, que ce soit par la TVA ou par une hausse des charges salariales », relate Blick. Une telle politique risquerait de fragiliser encore davantage le secteur, déjà mis à mal par la concurrence des achats transfrontaliers et des plateformes en ligne étrangères.
Face à cette situation, le commerce suisse plaide pour des mesures visant à réduire les charges pesant sur les entreprises locales et pour des politiques publiques qui soutiennent la compétitivité du secteur face à une concurrence internationale de plus en plus forte.








