La Suisse, longtemps perçue comme un modèle de transparence et de gouvernance, a récemment subi un revers dans sa lutte contre la corruption. Selon l’Indice de perception de la corruption (CPI) 2025 de Transparency International, la Confédération a perdu une place et se retrouve désormais au 6e rang mondial, avec un score de 80 points sur 100.
Bien que la perte de ce point par rapport à l’année précédente puisse paraître marginale, il s’agit en réalité d’un déclin considérable sur le long terme, la Suisse ayant perdu six points depuis 2015. Ce recul s’inscrit dans un contexte où le pays semble de plus en plus vulnérable à des pratiques de corruption, malgré son image de bastion de l’intégrité.
Un déclin de la perception de la corruption en Suisse
Depuis une décennie, la perception de la corruption en Suisse a sensiblement évolué, et la confiance dans les institutions publiques semble se fissurer. Selon Transparency International, le pays a vu la proportion de personnes des milieux économiques qui considèrent la corruption des fonctionnaires comme une pratique courante augmenter de manière significative. Cette tendance inquiétante s’accompagne d’une diminution de la confiance dans les mécanismes censés lutter contre la corruption, avec un affaiblissement visible des institutions de contrôle.
Urs Thalmann, directeur de Transparency International Suisse, souligne que cette perception est liée à une série de facteurs structurels, rapporte Blick. En particulier, la Suisse a connu une faible progression dans l’amélioration de ses institutions anticorruption ces dernières années, alors que d’autres pays ont pris des mesures plus énergiques pour prévenir ce fléau. La stagnation, voire la régression, de la Suisse dans ce domaine, contrastant avec les progrès réalisés par ses voisins européens, soulève des questions sur l’efficacité de ses dispositifs de contrôle. Le blanchiment d’argent et la corruption transnationale, qui sont des problèmes de plus en plus pressants dans le pays, ne sont même pas pris en compte dans cet indice, ce qui laisse entrevoir une image plus favorable qu’elle ne l’est en réalité.
L’appel de Transparency International pour une réforme renforcée
Dans ce contexte, Transparency International plaide pour des réformes profondes afin de redresser la situation. L’ONG considère que la nouvelle stratégie contre la corruption lancée par le Conseil fédéral est un « instrument fondamental » pour renforcer la transparence au sein de l’administration fédérale. Toutefois, elle déplore que des domaines essentiels, comme la transparence du lobbying au niveau gouvernemental, ne soient pas inclus dans cette stratégie. Cette omission révèle une faiblesse dans l’approche globale du pays pour contrer la corruption.
L’ONG plaide également pour une réforme structurelle plus large, incluant la mise en place d’une véritable autorité anticorruption. Un groupe interdépartemental, bien que présent, ne suffira pas à enrayer la montée du risque de corruption dans les secteurs publics. L’absence de stratégie anticorruption à l’échelle cantonale et communale aggrave encore cette situation. Les cantons, qui représentent 43 % des dépenses publiques en Suisse, ainsi que les communes, responsables de 24 % des dépenses, sont des maillons faibles où les risques de népotisme et de conflits d’intérêts sont considérables. La mise en place de stratégies contre la corruption au niveau cantonal et communal est désormais un impératif.
La Suisse partage actuellement la sixième place du classement avec la Suède, mais elle se trouve loin derrière des pays comme le Danemark, la Finlande et Singapour, qui occupent les premières places. Tandis que l’Indice de perception de la corruption montre une moyenne de 64 points en Europe occidentale et dans l’Union européenne, la Suisse affiche un score bien plus élevé, mais elle est désormais en recul par rapport à ses pairs.








