Cette année, la production de lait en Suisse a atteint des niveaux record, avec une augmentation de 10 % des livraisons par rapport à l’année précédente, soit un total de 3,7 milliards de kilogrammes. Si cette surproduction est une bonne nouvelle pour les consommateurs, elle crée un paradoxe pour les producteurs suisses.
Alors que les agriculteurs suisses voient leur rémunération baisser, la grande distribution joue un rôle central en répercutant cette baisse sur les prix à la consommation. Lidl a été le premier à réagir, en baissant les prix de plusieurs produits laitiers jusqu’à 7 %, incitant ainsi les autres géants de la distribution à suivre le mouvement. Cette baisse des prix pourrait marquer un tournant sur le marché des produits laitiers en Suisse.
Lidl lance le mouvement de baisse des prix
La surproduction de lait, due à un fourrage exceptionnellement bon en 2026, a conduit les producteurs à affronter une situation complexe. Malgré des exportations accrues vers le Moyen-Orient et une tentative de valorisation du lait sous forme de beurre et de lait en poudre, les laiteries peinent à absorber toute la production excédentaire. À partir de ce février, les producteurs verront leur rémunération baisser de 4 centimes par kilo de lait. Cette pression sur les agriculteurs, qui sont contraints de vendre à des prix plus bas, a incité les distributeurs à intervenir pour éviter une crise du secteur.
Lidl a annoncé une réduction des prix de ses produits laitiers, qui peut aller jusqu’à 7 % sur une trentaine d’articles. Cette baisse précède même la date de référence officielle, soulignant la volonté du discounter d’apporter un soutien immédiat aux consommateurs, mais aussi aux producteurs suisses de lait. Selon un porte-parole de Lidl, la décision de baisser les prix a été prise pour répercuter la baisse des coûts des matières premières sur les clients, rapporte Blick. En parallèle, l’enseigne encourage la vente de produits suisses, soulignant l’importance de soutenir l’agriculture nationale dans un contexte difficile pour les producteurs.
Voici quelques exemples concrets des baisses de prix appliquées :
- Yaourt nature 1,5 % (500 g) : de 0,85 CHF à 0,79 CHF
- Beurre de cuisine (250 g) : de 3,49 CHF à 3,39 CHF
- Crème entière UHT (500 ml) : de 3,49 CHF à 3,39 CHF
- Lait entier 3,5 % (1 L) : de 1,59 CHF à 1,55 CHF
- Mozzarella suisse (280 g) : de 1,49 CHF à 1,45 CHF
- Cottage cheese (250 g) : de 1,39 CHF à 1,35 CHF
Lidl indique que cette démarche s’inscrit dans une politique de soutien à l’agriculture suisse, et que l’enseigne prend très au sérieux la situation actuelle du marché du lait. Ce geste est perçu comme un moyen de soutenir les agriculteurs tout en offrant des prix compétitifs aux consommateurs suisses. Cette réaction rapide de Lidl pourrait bien influencer les prix à l’échelle nationale, en forçant les autres grandes enseignes à adapter leurs stratégies.
Réactions des concurrents : Migros, Coop et Denner s’ajustent
Face à l’initiative de Lidl, les autres grands distributeurs suisses n’ont pas tardé à réagir. Migros, le leader du marché, a annoncé qu’elle appliquerait des baisses de prix ciblées sur différents produits laitiers en fonction de la proportion de lait qu’ils contiennent. Cette approche permet de répercuter les baisses de manière différenciée : plus la part de lait est élevée dans le produit, plus la baisse sera importante. Migros met également l’accent sur la vente de produits laitiers suisses, comme le lait et le fromage, pour soutenir l’agriculture locale.
De son côté, Coop a déjà renforcé ses actions dès janvier, en appliquant des baisses sur les produits laitiers suisses, notamment le lait, le fromage, le beurre et la crème. Le porte-parole de Coop a indiqué que des baisses supplémentaires sont à prévoir, notamment pour des produits populaires comme le yaourt et le fromage à raclette. Coop a également insisté sur l’importance de maintenir des prix abordables tout en garantissant une offre de produits laitiers de qualité à ses clients.
Denner a également annoncé qu’elle suivrait cette dynamique de baisse des prix. Bien que l’enseigne n’ait pas précisé les montants ni les dates exactes de ces baisses, un porte-parole a affirmé que des réductions importantes seraient appliquées sur plusieurs produits laitiers dans les semaines à venir.
Dans l’ensemble, ces mesures reflètent un effort collectif des grandes surfaces pour ajuster leurs prix et soutenir l’agriculture laitière suisse, tout en répondant à la demande des consommateurs pour des produits moins chers. L’impact économique pour les producteurs, cependant, reste une question centrale. Si cette baisse des prix profite aux consommateurs, elle risque de peser davantage sur les marges des agriculteurs, déjà confrontés à la baisse de leur rémunération.








