La question de la prévoyance professionnelle en Suisse refait surface avec une proposition visant à faire cotiser les jeunes dès leur 20e anniversaire, cinq ans plus tôt que la réglementation actuelle. Cette initiative émane de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique du Conseil national (CSSS-N), qui cherche à prolonger la période de cotisation des assurés afin de garantir une retraite plus sécurisée.
Bien que l’idée ait des soutiens politiques, elle suscite également de nombreuses critiques. Les discussions s’intensifient sur les avantages et les inconvénients d’une telle réforme, notamment en ce qui concerne son impact sur les jeunes travailleurs et le marché de l’emploi.
Une mesure en faveur d’une retraite plus sécurisée
La proposition de la CSSS-N consiste à faire débuter la cotisation au deuxième pilier (LPP) dès le 1er janvier suivant le 19e anniversaire des jeunes travailleurs. Actuellement, les salariés commencent à cotiser à 25 ans, une mesure qui, selon les partisans du projet, ne permet pas aux jeunes d’accumuler suffisamment tôt des droits à la retraite. Pour Andri Silberschmidt, conseiller national (PLR/ZH), l’obligation de cotiser dès les premiers revenus permettrait d’optimiser les rentes de retraite des jeunes générations. Il estime qu’avec les intérêts composés et les cotisations de l’employeur, chaque franc versé se transformerait à terme en trois francs de rente, relate 20Minutes. Selon lui, cotiser dès 20 ans permettrait également aux jeunes de se constituer une épargne sans que le coût de la vie à cet âge ne pèse trop lourdement sur leur budget. La période de cotisation plus longue offrirait ainsi une sécurité financière accrue au moment de la retraite.
Cette proposition repose sur une logique de capitalisation qui, si elle est adoptée, augmenterait de manière significative les droits à la retraite des assurés. En effet, les jeunes auraient ainsi l’opportunité d’amasser des fonds plus tôt, ce qui compenserait l’allongement de la durée de vie et la pression exercée par le vieillissement démographique. Avec une population suisse vieillissante, cette mesure pourrait, selon ses partisans, renforcer la stabilité du système de prévoyance professionnelle en Suisse.
Un frein potentiel à l’accès au marché du travail
Cependant, la proposition n’est pas unanimement soutenue. Sarah Wyss, conseillère nationale (PS/BS), critique cette initiative, estimant qu’elle compliquerait l’entrée des jeunes sur le marché du travail. Selon elle, les employeurs hésiteront à recruter des jeunes en raison de la hausse des coûts de cotisations qu’ils devront assumer. Plutôt que d’améliorer leur situation de retraite, cette mesure risquerait de conduire à des salaires nets plus faibles pour les jeunes. Wyss souligne également que les caisses de pension peuvent déjà choisir de débuter la cotisation plus tôt, si elles le souhaitent, ce qui rend, selon elle, cette réforme inutile.
L’opposition met en avant le risque de renchérir le coût du travail pour les jeunes, alors que ces derniers, souvent en début de carrière professionnelle, sont déjà confrontés à des défis économiques importants. En effet, les jeunes travailleurs doivent jongler avec des loyers élevés, des salaires encore faibles et une précarité professionnelle accrue. Le fardeau supplémentaire des cotisations de retraite pourrait donc les désavantager, notamment en rendant plus difficile leur entrée sur le marché du travail.
Une autre critique réside dans l’inégalité entre les jeunes assurés : ceux qui n’ont pas encore atteint un salaire suffisant pour cotiser seront désavantagés par cette réforme, tandis que ceux ayant des emplois mieux rémunérés pourraient bénéficier davantage de cette nouvelle mesure.
Vers une simplification du système de cotisation LPP
En parallèle de cette proposition, la CSSS-N lance une autre initiative pour simplifier le système de cotisation au deuxième pilier. Actuellement, les cotisations LPP varient en fonction des tranches d’âge, avec des taux qui augmentent au fur et à mesure que l’on avance dans la carrière. Pour les jeunes, la cotisation est à 7% entre 25 et 34 ans, tandis que ceux de 55 à 65 ans cotisent à 18%. La CSSS-N souhaite réduire cette complexité en réduisant à deux les taux de bonification applicables. Ce changement viserait à réduire les charges salariales des travailleurs âgés et à rendre ces derniers plus attractifs sur le marché du travail. Bien que cette réforme ait été rejetée par le peuple en 2024, la CSSS-N insiste sur la nécessité d’adapter le système aux réalités économiques actuelles.








