La classe moyenne suisse, colonne vertébrale du tissu social et économique, est aujourd’hui en péril. Un système de prévoyance complexe et mal maîtrisé accentue cette fragilité.
Selon Danièle Felley, spécialiste en prévoyance, l’absence de compréhension et d’éducation sur ce sujet clé contribue à une situation où de nombreux citoyens se retrouvent sans une préparation suffisante pour la retraite. Ce manque d’information ne touche pas uniquement les revenus modestes, mais aussi des travailleurs plus qualifiés.
Un système complexe et mal maîtrisé : le constat alarmant de Danièle Felley
Danièle Felley, qui évolue depuis trois décennies dans l’univers de la prévoyance, dénonce un système devenu trop complexe pour la majorité des citoyens, dans un article publié par L’illustré n°3, et relaté par Blick. Elle observe que, bien que 79 % des Suisses jugent important d’épargner, seulement 47 % ont effectivement mis de l’argent de côté dans les six derniers mois. Un chiffre révélateur d’une méconnaissance généralisée des mécanismes qui régissent la prévoyance. Ce manque d’information touche particulièrement les classes moyennes, qui, malgré des revenus corrects, ignorent souvent les subtilités du système des trois piliers : l’AVS (1er pilier), la LPP (2e pilier), et la prévoyance individuelle.
L’AVS, qui offre une rente de base à la retraite, fonctionne sur un principe de solidarité, assurant à tous les assurés le même montant maximal, peu importe leur revenu. En revanche, la LPP est individualisée et dépend directement du salaire cotisé tout au long de la carrière. Ce système pénalise les travailleurs à temps partiel, plus fréquents parmi les femmes et les jeunes générations. Mais ce n’est pas tout : de nombreux cadres, bien que payés sur des bases salariales élevées, sont assurés sur un revenu beaucoup plus bas, ce qui leur garantit des rentes nettement insuffisantes.
Ce constat met en lumière des disparités importantes, où les écarts de compréhension et d’accès au système conduisent à des inégalités criantes. L’écart entre ceux qui maîtrisent ces mécanismes et ceux qui en subissent les conséquences est frappant.
La nécessité d’une réforme et d’une meilleure éducation financière
Pour Danièle Felley, la solution à cette crise passe avant tout par une réforme du système de prévoyance et par une éducation financière généralisée. Le système de la LPP, instauré en 1985, n’a pas évolué depuis et est devenu obsolète face aux nouvelles réalités du marché du travail. Les parcours professionnels sont de plus en plus fragmentés : temps partiels, reconversions, études prolongées, et nouvelles formes d’emploi. La couverture offerte par la LPP ne s’adapte pas à ces évolutions et ne prend pas en compte les périodes de chômage ou de travail réduit. Felley plaide donc pour une révision des règles du système de prévoyance, afin qu’il reflète mieux les conditions de travail modernes et soit plus juste pour les travailleurs à temps partiel, qui sont principalement des femmes.
En parallèle, elle insiste sur la nécessité d’une meilleure éducation à la prévoyance dès l’école. Selon elle, la « survie financière » et les mécanismes de la prévoyance sociale doivent être enseignés dès le plus jeune âge. Comprendre les bases de l’épargne, les intérêts composés, ou encore l’impact du temps sur la retraite, permettrait aux jeunes générations de se préparer davantage et plus tôt à leur futur financier. Ce type d’éducation aiderait à combler une partie des écarts d’information et à réduire la dépendance à des conseillers spécialisés, souvent réservés à ceux qui ont les moyens de les payer.
Felley met également en avant l’idée de permettre un travail à temps partiel jusqu’à 70 ans pour ceux qui en ont la capacité. Travailler moins de 100 % permet de continuer à cotiser tout en restant actif, tout en offrant une meilleure qualité de vie. Selon elle, cette flexibilité permettrait à de nombreuses personnes de maintenir un certain niveau de revenu tout en assurant leur indépendance financière jusqu’à la retraite.








