En Suisse, le nombre d’arrêts maladie augmente régulièrement, et cette tendance représente un défi grandissant pour les entreprises. En 2024, les employés suisses ont été en moyenne absents 8,6 jours par an en raison de maladies ou d’accidents, soit une augmentation d’environ un tiers par rapport à il y a 15 ans.
Les causes de cette hausse sont diverses, mais elles touchent particulièrement les petites entreprises, qui rencontrent de plus en plus de difficultés pour se couvrir contre les coûts générés par ces absences. En outre, l’augmentation des arrêts maladie a mis en lumière les défis liés à l’assurance et à la gestion des risques pour les employeurs.
Les causes de l’augmentation des arrêts maladie
L’augmentation du nombre de jours d’absence pour cause de maladie est attribuée à trois facteurs principaux, comme l’indique la revue Sécurité sociale – Soziale Sicherheit CHSS. Le premier facteur est l’augmentation des troubles de santé mentale. En effet, les données des assureurs d’indemnités journalières révèlent que les cas de troubles mentaux ont augmenté de 60% au cours des dix dernières années. Parmi les raisons avancées, la pression au travail, l’épuisement professionnel (burnout) et une plus grande prise de conscience des troubles mentaux, désormais moins stigmatisés, expliquent cette tendance.
Le deuxième facteur est l’évolution des comportements suite à la pandémie de COVID-19. Avec l’épidémie, les employés ont pris l’habitude de rester chez eux lorsqu’ils étaient malades, même pour des symptômes légers, afin de ne pas infecter leurs collègues. Bien que cette pratique soit bénéfique sur le plan sanitaire, elle a engendré une hausse des arrêts maladie, même pour des maladies non graves.
Enfin, un autre facteur majeur est le vieillissement de la population active. Avec l’augmentation de l’âge moyen des travailleurs, un plus grand nombre d’employés souffrent de maladies chroniques, nécessitant des absences prolongées. En conséquence, lorsque des employés plus âgés tombent malades, les arrêts peuvent durer plus longtemps que pour les travailleurs plus jeunes. Ce phénomène a un impact direct sur les coûts pour les entreprises, en particulier celles qui emploient des travailleurs dans des secteurs physiquement exigeants, comme le bâtiment et le nettoyage.
Les défis pour les entreprises et la couverture d’assurance
Le coût des arrêts maladie devient un problème majeur pour les entreprises, en particulier pour les PME. En Suisse, les employeurs sont légalement tenus de continuer à verser les salaires des employés malades pendant une période pouvant aller jusqu’à 17 semaines, selon l’ancienneté. Pour se protéger, les entreprises souscrivent généralement à une assurance d’indemnités journalières en cas de maladie. Cependant, cette solution devient de plus en plus coûteuse et difficile à obtenir.
Beatrix Bock, membre de la direction du cabinet de courtage en assurances Kessler & Co., explique que les petites entreprises confrontées à un nombre élevé d’arrêts maladie doivent payer des primes nettement plus élevées, relate la RTS. Ces primes, souvent partagées avec les employés, représentent un fardeau supplémentaire pour les PME, qui sont déjà confrontées à une pression financière importante. En outre, les assureurs ont subi de lourdes pertes financières ces dernières années, ce qui les rend réticents à souscrire à des contrats d’indemnisation pour maladie, particulièrement dans les secteurs à risques sanitaires élevés.
Urs Gysling, directeur général de Gryps, une société de courtage d’assurances pour entreprises, confirme que les assureurs sont de plus en plus frileux lorsqu’il s’agit de proposer des contrats d’indemnités journalières. De plus, il est devenu particulièrement difficile pour les entreprises employant des travailleurs de plus de 55 ans de trouver une couverture d’assurance adéquate à un prix raisonnable. Afin de limiter leurs coûts, certaines entreprises choisissent de souscrire des contrats avec des délais de carence plus longs, ce qui signifie qu’elles doivent couvrir elles-mêmes les salaires pendant une période prolongée.
Vers une assurance maladie obligatoire ?
Face à la difficulté croissante d’assurer les arrêts maladie, la question d’une assurance obligatoire se pose. En 2021, le Conseil national suisse a adopté de justesse le principe de l’assurance obligatoire pour les arrêts maladie, mais la décision finale du Conseil des Etats est toujours en suspens. La Fédération suisse des entreprises s’oppose fermement à cette proposition, craignant une atteinte à la liberté contractuelle des entreprises et des coûts supplémentaires. De son côté, l’Union patronale suisse redoute que cette mesure n’incite les entreprises à négliger les questions de santé et de sécurité de leurs employés.
L’introduction d’une assurance obligatoire pourrait pourtant permettre d’uniformiser la prise en charge des arrêts maladie et de réduire les coûts pour les petites entreprises. Cependant, la mise en œuvre d’une telle mesure serait un défi complexe, tant d’un point de vue législatif qu’économique, et nécessiterait un large consensus entre les employeurs et les syndicats.








