La Suisse est confrontée à des réformes sociales ambitieuses, dont le coût est estimé à 12 milliards de francs par an. Ces mesures, destinées à renforcer l’État providence, incluent des projets comme l’introduction d’une treizième rente AVS, des augmentations des allocations familiales, ainsi que l’extension des aides pour les crèches.
Bien que certaines de ces initiatives aient déjà été approuvées, leur financement reste une question cruciale. Dans ce contexte, l’option la plus discutée pour financer ces réformes est une hausse des cotisations salariales, une mesure qui soulève des préoccupations sur son impact économique et social, notamment sur les ménages et l’attractivité de la Suisse en tant que site économique.
Les projets d’extension du système social en Suisse
Les réformes envisagées par le gouvernement suisse visent à soutenir davantage les familles et à garantir un avenir financier stable pour les retraités. Parmi les mesures phares figure la treizième rente AVS, dont le coût annuel est estimé à 4,3 milliards de francs. Cette nouvelle rente, qui serait versée pour la première fois fin 2026, pourrait être financée par des cotisations sociales supplémentaires. Un autre projet majeur est la suppression du plafond des rentes AVS pour les couples mariés, dont le coût annuel est estimé à 3,6 milliards de francs. Bien que cette mesure soit encore en discussion au Parlement, elle soulève d’importantes interrogations sur l’impact sur le budget public.
Parallèlement, plusieurs initiatives visent à renforcer les soutiens aux familles, comme l’augmentation des allocations familiales et de formation, qui devraient atteindre 250 francs par mois pour les premières et 300 francs pour les secondes. Le financement de ces augmentations, qui représenterait un coût de 360 millions de francs par an, est encore en phase de consultation. De plus, une aide supplémentaire pour les crèches, d’un montant de 600 millions de francs, a été adoptée et devrait entrer en vigueur sous certaines conditions.
À côté de ces mesures, l’introduction d’un congé parental de 18 semaines pour chaque parent représente une autre dépense importante, estimée à un milliard de francs par an. Le coût total de toutes ces réformes sociales est donc estimé à 12 milliards de francs annuels, un montant non négligeable par rapport au budget de la Confédération, qui avoisine les 90 milliards de francs par an, indique Watson. Le financement de ces mesures est un enjeu majeur, et plusieurs options sont envisagées, dont la hausse des cotisations sociales.
Les conséquences d’une hausse des cotisations salariales sur l’économie
Une solution souvent évoquée pour financer ces réformes consiste à augmenter les cotisations salariales, actuellement fixées à 12,8%. Si la totalité de la facture de 12 milliards de francs devait être couverte par cette hausse, le taux de cotisation devrait augmenter de 3,7 points de pourcentage, soit un impact significatif sur les salaires des travailleurs. Cette option soulève des inquiétudes, notamment au sein de l’Union patronale suisse, qui a commandé une étude pour évaluer les conséquences économiques d’une telle hausse.
L’étude révèle que l’augmentation des cotisations salariales pourrait avoir plusieurs effets négatifs sur l’économie suisse. Tout d’abord, elle risquerait de diminuer l’attractivité de la Suisse pour les entreprises. En effet, des charges salariales plus élevées réduiraient la compétitivité du marché du travail suisse par rapport à d’autres pays, augmentant ainsi le risque de délocalisation des entreprises ou de réduction des nouvelles implantations. Cela pourrait entraîner une perte de croissance économique, en freinant les investissements et en réduisant la consommation, du fait de salaires nets plus bas.
L’impact sur l’emploi reste plus incertain, mais les premières analyses indiquent que les hausses des cotisations salariales inciteraient certains travailleurs à réduire leur taux d’activité, estimant que le travail devient moins rentable. Les femmes mariées et les travailleurs plus âgés, qui sont plus sensibles aux variations de salaire, pourraient être particulièrement touchés par cette évolution. Cette situation pose un dilemme : bien que l’État cherche à favoriser l’emploi des femmes, notamment à travers des investissements dans l’accueil extrafamilial, une augmentation des charges salariales pourrait, paradoxalement, rendre l’emploi moins attractif pour cette catégorie de travailleurs.
L’effet sur les ménages : une charge disproportionnée pour certaines catégories
Au-delà des effets macroéconomiques, l’étude s’intéresse également aux conséquences directes d’une hausse des cotisations salariales sur le budget des ménages. Une augmentation d’un point de pourcentage des cotisations salariales entraînerait une charge supplémentaire d’environ 73 francs par mois pour les ménages à revenus moyens et élevés, particulièrement ceux âgés de 35 à 54 ans. Cependant, ce sont les jeunes ménages, moins de 35 ans, qui seraient les plus touchés, en raison de la pression liée aux coûts de garde des enfants et de la vie quotidienne.
En revanche, les retraités ne seraient pas affectés par une hausse des cotisations salariales, car leurs revenus issus des rentes ne sont pas soumis à ces prélèvements. L’Union patronale suisse soulève ainsi un « déséquilibre intergénérationnel », pointant du doigt la concentration de la charge sur les travailleurs en activité, alors que les retraités, qui bénéficient des réformes sociales, ne contribuent pas de manière équitable.
Une autre option de financement serait l’augmentation de la TVA, qui répartirait la charge plus largement entre tous les ménages, y compris les retraités et les plus riches. Toutefois, une telle solution aurait des effets régressifs, car elle pèserait davantage sur les ménages à faibles revenus. D’un point de vue économique, la TVA perturberait moins le marché du travail, mais elle pourrait avoir un impact plus lourd sur les plus modestes, en particulier si les taux réduits appliqués à certains produits de consommation étaient augmentés.








