Rome veut créer une zone économique spéciale : la concurrence frontalière inquiète la Suisse

La création d’une zone économique spéciale en Italie pourrait dynamiser l’économie frontalière, mais menace l’économie tessinoise en Suisse.

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Rome veut créer une zone économique spéciale : la concurrence frontalière inquiète la Suisse : Crédit : IMAGO/Bihlmayerfotografie | Econostrum.info - Suisse

L’Italie a lancé une proposition visant à créer une Zone économique spéciale (ZES) dans ses régions frontalières avec la Suisse. Ce projet, destiné à stimuler l’économie locale, prévoit des avantages fiscaux pour les travailleurs frontaliers, notamment une « prime de frontière » versée directement aux employés traversant la frontière chaque jour. 

Si cette initiative pourrait aider à combler l’écart salarial entre les deux pays, elle suscite une vive inquiétude en Suisse, particulièrement dans le Tessin, où l’économie locale pourrait se retrouver menacée par cette nouvelle zone. La ZES aurait pour objectif de soutenir les entreprises et de dynamiser les régions proches de la frontière, mais des doutes demeurent quant à sa faisabilité et ses conséquences pratiques.

Un projet de zone économique spéciale : des avantages pour l’Italie, des inquiétudes pour la Suisse

Le gouvernement italien a décidé de créer une ZES dans les provinces frontalières avec la Suisse, incluant des territoires tels que Varèse, Côme, Sondrio et Verbano-Cusio-Ossola. L’objectif principal est de réduire l’écart entre les salaires italiens et suisses, en offrant des incitations fiscales attrayantes, dont la prime de frontière, destinée aux travailleurs frontaliers. Le projet est porté par Stefano Candiani, député de la Lega, qui explique que cette zone économique vise à favoriser la croissance et le développement des régions frontalières de l’Italie, en réduisant l’impact négatif de la concurrence transfrontalière avec la Suisse.

L’idée derrière la ZES est de concentrer des ressources économiques et fiscales dans ces zones spécifiques, afin de soutenir les entreprises locales et d’encourager les travailleurs à rester dans ces régions vulnérables économiquement. Cela pourrait aussi avoir un impact direct sur les 70 000 frontaliers italiens qui traversent chaque jour la frontière suisse, notamment ceux passant par la douane de Chiasso. En offrant des avantages fiscaux, l’Italie espère attirer davantage de travailleurs et stimuler ses zones frontalières. Cependant, cette proposition suscite des préoccupations en Suisse, particulièrement dans le Tessin, où la concurrence accrue pourrait avoir des effets négatifs sur l’économie locale, déjà fragile.

Le directeur de la Chambre de commerce tessinoise, Luca Albertoni, remarque qu’il faudra voir si cette initiative est réellement réalisable, notamment en raison des possibles complications liées au droit européen. Il souligne également que la recherche de main-d’œuvre est déjà un problème majeur, et que la ZES pourrait compliquer davantage la situation en augmentant la concurrence transfrontalière.

Les défis pratiques de la ZES et ses implications fiscales

La mise en œuvre de la ZES soulève plusieurs questions pratiques et logistiques. Parmi les critiques les plus fréquentes, on retrouve l’éventuelle inégalité dans la distribution des subventions. Selon Giangiorgio Gargantini, secrétaire du syndicat Unia, il semble difficile de justifier que l’Italie puisse verser des primes uniquement aux frontaliers vivant à moins de 20 kilomètres de la frontière suisse, tout en excluant ceux résidant à une distance plus courte, rapporte 20 Minutes. Ce type de distinction pourrait entraîner des conflits et compliquer l’implantation de la ZES sur le terrain.

D’un autre côté, le projet de ZES bénéficie du récent traité fiscal entre la Suisse et l’Italie, entré en vigueur en 2024. Ce traité prévoit un ajustement des montants redistribués aux communes frontalières, ce qui pourrait, en théorie, renforcer le financement des régions concernées par la ZES. Les fonds supplémentaires pourraient permettre de soutenir les territoires italiens les plus proches de la Suisse, mais cela pourrait aussi engendrer des tensions avec les communes suisses frontalières, qui pourraient se sentir désavantagées par un projet qui privilégie davantage l’Italie.

La question demeure sur les effets économiques à long terme de cette réforme. Si elle peut permettre à l’Italie de dynamiser ses régions frontalières, les impacts sur l’économie du Tessin, déjà dépendante des frontaliers, restent préoccupants. De plus, la concurrence accrue pour les entreprises tessinoises pourrait entraîner une pression salariale à la baisse, voire une fuite de talents vers l’Italie, où les conditions fiscales seraient plus favorables. Dans ce contexte, l’équilibre entre les intérêts des deux pays sera crucial pour éviter de nouvelles tensions économiques et sociales à la frontière.

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