La Suisse se trouve à un carrefour diplomatique délicat après avoir reçu une invitation des États-Unis pour rejoindre le « Board of Peace », une initiative lancée par Donald Trump pour promouvoir la paix en Gaza. Alors que la Suisse est traditionnellement perçue comme un acteur clé dans les efforts de médiation internationale, son adhésion à ce projet soulève plusieurs questions.
D’un côté, elle se verrait en ligne avec sa politique extérieure, qui vise à promouvoir la paix. Mais de l’autre, elle devrait se positionner vis-à-vis d’un plan de paix américain controversé, qui suscite des débats à l’échelle mondiale. L’invitation met donc la Suisse face à un dilemme géopolitique, qui doit être soigneusement examiné.
Une invitation stratégique de Trump et ses implications financières
Le plan de paix proposé par Donald Trump pour Gaza, qui inclut la formation d’un « Conseil de paix », est censé superviser la reconstruction du territoire et mettre en place un gouvernement de transition. En échange de son soutien, la Suisse a été invitée à rejoindre ce conseil en tant que membre, mais une cotisation d’un milliard de dollars a été exigée pour toute adhésion pleine. Cependant, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) a précisé que la Suisse pourrait, si elle accepte, participer à l’initiative sans verser cette somme, mais seulement pour une période de trois ans. Cette possibilité d’adhésion temporaire sans contribution immédiate pourrait représenter une option attrayante, surtout dans un contexte où le pays examine les coûts et les bénéfices d’une telle démarche.
Il est important de souligner que cette invitation s’inscrit dans le cadre de la politique étrangère plus large des États-Unis visant à réorganiser le Moyen-Orient. La Suisse, bien que non engagée financièrement dans le plan de paix pour Gaza jusqu’à présent, a déjà soutenu plusieurs aspects de ce plan, en particulier en matière d’aide humanitaire et de renforcement des institutions palestiniennes. Cette participation pourrait donc sembler en cohérence avec les actions passées du pays, notamment à partir de novembre 2025, lorsque le Conseil fédéral avait pris des mesures concrètes pour soutenir la stabilité régionale.
Cependant, cette invitation soulève une question de taille : la Suisse, un modèle de neutralité et de médiation, doit-elle se joindre à une initiative dominée par la politique étrangère d’un président controversé comme Donald Trump, dont l’approche unilatérale au Moyen-Orient a été largement critiquée par la communauté internationale ? Le rôle de la Suisse en tant que médiateur impartial pourrait être remis en question par cette alliance.
Un choix difficile face à un contexte international tendu
L’invitation à rejoindre le « Board of Peace » est d’autant plus complexe que l’agenda politique de Donald Trump est perçu comme controversé à l’échelle mondiale, indique Watson. L’invitation ne se limite pas à la Suisse, et plusieurs autres nations, dont des leaders controversés comme Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, ont également été sollicitées pour participer à l’initiative. En conséquence, la position de la Suisse se trouve au centre d’une question géopolitique plus large : s’associer à un projet piloté par des dirigeants aux positions clivantes risquerait de compromettre l’image de neutralité et d’indépendance que la Suisse a soigneusement cultivée au fil des décennies.
Cette question a également fait réagir d’autres grandes puissances européennes. Par exemple, la France a poliment décliné l’invitation, soulignant que, pour l’instant, elle ne souhaitait pas s’engager dans cette initiative. Cette décision met en lumière les tensions au sein de l’Occident, où le soutien au plan de paix de Trump semble limité, notamment à cause des désaccords politiques et de l’agacement provoqué par des différends antérieurs, tels que le conflit autour du Groenland. À ce jour, seuls des pays comme la Hongrie et le Vietnam ont confirmé leur participation, ce qui montre le faible soutien international dont dispose l’initiative.
Le plan de Trump pour Gaza, qui inclut une gestion exclusivement masculine à la tête de son « Executive Board », reste flou dans ses objectifs à long terme. L’absence de femmes dans cet organe de direction, qui regroupe notamment des proches de Trump tels que son gendre Jared Kushner, soulève également des questions sur la représentativité et l’inclusivité de ce projet de paix. Ces éléments ajoutent une dimension supplémentaire aux considérations que la Suisse doit prendre en compte avant de se lancer dans une telle aventure diplomatique.








