40% plus chers que les logements classiques, les appartements meublés créent un marché parallèle explosif en Suisse

Le marché des appartements meublés en Suisse se développe, mais leurs prix élevés et leur impact sur la crise du logement suscitent de nombreuses critiques.

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40% plus chers que les logements classiques, les appartements meublés créent un marché parallèle explosif en Suisse : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

Les appartements meublés connaissent une forte demande dans les grandes villes suisses, répondant aux besoins de flexibilité des travailleurs mobiles et des expatriés. Appréciés pour leur confort et leur autonomie, ces logements sont néanmoins jusqu’à 40% plus chers que les logements classiques. 

Dans un contexte de crise du logement, cette offre, en pleine expansion, soulève de nombreuses critiques. Si ces appartements sont une solution pratique pour certains, d’autres les considèrent comme un frein à l’accès au logement pour les résidents permanents, amplifiant ainsi les tensions sur le marché immobilier suisse.

Un marché en plein essor mais à prix élevé

Les appartements meublés se distinguent par leur confort et leur flexibilité, particulièrement recherchés par les professionnels souvent en déplacement. Par exemple, Guilhem Gobillion, un entrepreneur, paie 2000 francs par mois pour un studio de 25 m² au centre de Zurich. Cette solution, bien que coûteuse, est jugée essentielle pour sa mobilité professionnelle. « C’est le prix de la flexibilité », explique-t-il à la RTS, soulignant l’intérêt de disposer d’un logement prêt à l’emploi sans les contraintes d’un bail traditionnel.

En Suisse, on distingue deux grandes catégories d’appartements meublés : les appart-hôtels et les appartements meublés classiques, souvent des studios entièrement équipés. À Genève, près de l’aéroport, un ancien siège de l’entreprise DuPont a été transformé en un espace de coworking et en appart-hôtel. Ce type de logement offre une autonomie totale tout en fournissant des services hôteliers tels que des cuisines équipées. Les prix y sont élevés, avec des loyers variant autour de 2600 francs par mois pour un studio, mais pouvant atteindre jusqu’à 6000 francs mensuels en fonction des services proposés.

Les investisseurs trouvent ce marché particulièrement attractif. Le fonds lausannois Realstone a ainsi investi 12 millions de francs pour la transformation d’un ancien bâtiment en appart-hôtel. D’autres entreprises, telles que City Pop, Swissroc et Nonanteneuf, se positionnent également sur ce créneau. La rentabilité des appart-hôtels repose sur un taux d’occupation élevé (entre 80% et 90%) et des charges fixes réduites par rapport à l’hôtellerie traditionnelle, ce qui rend ces investissements particulièrement lucratifs.

Cependant, le prix de ces logements meublés reste élevé, avec une moyenne de 2500 francs par mois, soit 40% de plus que pour un appartement classique non meublé, selon une étude de Wüest et Partner réalisée en 2018. Ces prix posent problème, en particulier dans un contexte où la crise du logement rend l’accès à des logements abordables de plus en plus difficile.

Les critiques d’un modèle commercial contesté

Le développement des appartements meublés est loin de faire l’unanimité, notamment auprès des associations de locataires. Pour l’Asloca, l’association suisse des locataires, cette tendance soulève de vives inquiétudes, notamment en raison de son impact sur la crise du logement. Caroline Renold, avocate pour l’Asloca, estime que les appartements meublés détournent une « ressource très rare », le logement, vers des activités commerciales,. En transformant ces logements en biens réservés à des clients temporaires, souvent étrangers ou en déplacement professionnel, ces modèles commerciaux privent les résidents permanents de leur droit à un logement stable et abordable.

Les critiques portent également sur le fait que ces logements, souvent loués sur des contrats à court terme, ne permettent pas aux locataires de bénéficier des droits classiques associés à une location traditionnelle. Selon l’Asloca, il s’agit là d’une forme déguisée de contrat commercial, privant les occupants de protections juridiques importantes, comme la sécurité de leur bail ou les recours en cas de litiges.

Les exploitants de ces logements meublés justifient les prix élevés par les frais d’équipement et la nécessité de renouveler fréquemment les locataires. Gaël Constantin, un exploitant qui gère environ 600 appartements meublés dans six cantons, explique que les loyers plus élevés sont principalement dus à l’équipement complet des appartements et aux coûts liés à la gestion fréquente des locataires. Pour certains comme Guilhem Gobillion, ces prix sont acceptables au regard des services et de la flexibilité offerts, mais pour d’autres, ces pratiques contribuent à l’inaccessibilité du marché immobilier suisse.

Cette dualité montre que le segment des appartements meublés est un sujet de débat complexe. Si certains y voient une solution pratique et moderne, d’autres soulignent les risques sociaux associés à l’utilisation commerciale d’un bien aussi essentiel que le logement, déjà rare dans certaines grandes villes suisses.

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