La décision du président américain Donald Trump de se retirer de 66 organisations internationales crée une onde de choc diplomatique. Parmi les premiers touchés figurent les institutions basées en Suisse romande, notamment à Genève et à Gland, qui perdent un de leurs principaux bailleurs de fonds.
Ce retrait massif affaiblit les structures multilatérales qui ont façonné l’ordre international depuis la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement suisse, conscient de l’enjeu stratégique et économique, tente de contenir les effets de cette rupture en réaffirmant son engagement envers le multilatéralisme.
La Genève internationale directement impactée par la décision américaine
Le 15 janvier 2026, Donald Trump a signé un décret actant le retrait des États-Unis de 66 organisations internationales, agences et commissions. Ce choix s’inscrit dans la ligne idéologique du slogan « America First », prônant une réduction de l’implication des États-Unis dans les institutions multilatérales jugées contraires aux intérêts américains. Les organisations concernées œuvrent dans des domaines tels que la santé, l’éducation, l’environnement ou les droits humains.
Cette décision n’est pas une surprise totale. Depuis son retour à la Maison-Blanche début 2025, Donald Trump avait déjà réduit les financements américains à plusieurs de ces entités. Mais ce retrait formel constitue un point de rupture. Il affecte directement la Genève internationale, qui abrite de nombreuses institutions parmi les plus emblématiques du système onusien, dont la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED). La décision concerne aussi des organismes indépendants comme l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), dont le siège est basé à Gland (VD).
Les États-Unis figuraient jusqu’ici parmi les premiers contributeurs financiers de ces institutions. Leur retrait prive ces structures de ressources essentielles, mettant en péril des programmes de coopération, de recherche ou de développement. Certaines organisations devront réduire leurs effectifs, suspendre des projets ou geler leurs recrutements. Cette contraction d’activité touche non seulement le fonctionnement institutionnel, mais aussi l’écosystème économique régional. À Genève, des milliers d’emplois dépendent directement ou indirectement des organisations internationales, qui représentent un pilier de l’économie locale.
La Confédération renforce son soutien pour préserver l’influence suisse
Face à cette remise en question du multilatéralisme, le Conseil fédéral a décidé d’agir. En juin 2025, il a débloqué 269 millions de francs sur trois ans pour soutenir la Genève internationale. Cette enveloppe vise à compenser partiellement le désengagement américain et à préserver le rayonnement de la Suisse en tant qu’État hôte. Le ministre des Affaires étrangères, Ignazio Cassis, a justifié cet investissement en insistant sur le rôle stratégique de Genève, qu’il a qualifiée de « vitrine de la Suisse », relate Watson. Il a également défendu cette initiative comme « un investissement dans un ordre mondial fondé sur des règles et sur l’humanité ».
Le soutien de la Confédération s’inscrit dans une stratégie plus large de consolidation du rôle de la Suisse sur la scène internationale. La présence des organisations multilatérales renforce le soft power helvétique, nourrit l’innovation diplomatique et offre une plateforme neutre pour les négociations globales. Selon le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE), les autorités suivent de très près les conséquences de la décision américaine, tant sur le plan institutionnel qu’économique.
Le DFAE souligne que Genève joue un rôle central pour la coopération internationale, et que tout affaiblissement de cette position nuirait à l’image et à l’influence de la Suisse. Le Conseil fédéral reste donc vigilant et se tient prêt à adapter ses mesures de soutien si la situation devait encore évoluer. Plusieurs pistes sont étudiées, comme l’intensification du dialogue avec d’autres États membres, l’aide technique aux institutions impactées ou la création de mécanismes de financement temporaire.
À travers cette crise, la Suisse réaffirme son attachement aux principes du multilatéralisme, dans un contexte international de plus en plus polarisé.








