Le marché du travail suisse connaît une dynamique complexe : malgré l’explosion du nombre de candidatures, le chômage continue de grimper. En 2025, le taux de chômage a atteint 3,1 %, soit un total de 147 275 demandeurs d’emploi inscrits auprès des Offices régionaux de placement (ORP).
Ce phénomène, accentué par l’utilisation des réseaux sociaux et des outils d’intelligence artificielle dans les processus de recrutement, déstabilise le marché de l’emploi, où de plus en plus de candidats se disputent un nombre de postes de plus en plus limité. Bien que les entreprises reçoivent un afflux massif de candidatures, elles demeurent prudentes et hésitent à embaucher, ce qui complique davantage la situation pour les chercheurs d’emploi.
L’afflux massif de candidatures : Une nouvelle réalité pour les recruteurs
Le nombre de candidatures reçues par les agences de recrutement est devenu phénoménal. Yves Schneuwly, directeur marketing et numérique chez Interiman Group, explique à Blick que son entreprise reçoit environ un million de candidatures par an. Cela représente une charge de travail considérable pour les recruteurs, qui doivent gérer entre 600 000 et 650 000 profils datant de moins de deux ans, soit près de 13 % de la population active suisse. Ce flux incessant de candidatures a plusieurs causes, mais l’une des plus marquantes est l’essor des réseaux sociaux professionnels, tels que LinkedIn.
Des fonctionnalités comme « Easy Apply » sur LinkedIn ont révolutionné le processus de candidature, le rendant plus rapide et plus accessible. Mais, cette facilité d’accès a également engendré un afflux de candidatures non ciblées, souvent envoyées par des personnes dont les profils ne correspondent pas aux critères recherchés. Le directeur général du cabinet de conseil en ressources humaines Humanis, Sebastian Pötz, souligne que certaines offres d’emploi génèrent plus de 100 candidatures dans les 24 premières heures. Cela oblige parfois les entreprises à retirer des offres après seulement quelques jours. La rapidité et l’automatisation du processus rendent difficile pour les recruteurs de filtrer efficacement les candidatures.
En plus de ce phénomène, il est à noter que les demandeurs d’emploi ne sont pas les seuls à utiliser ces outils. De nombreux salariés en Contrat à Durée Indéterminée (CDI) commencent également à postuler activement pour de nouvelles opportunités, ce qui reflète un changement dans les mentalités. Selon M. Pötz, les employés sont désormais beaucoup plus enclins à changer d’emploi, un phénomène observé au fil des dernières années.
Chômage en hausse : Pourquoi l’afflux de candidatures n’est pas synonyme de succès
Malgré l’énorme quantité de candidatures, le chômage continue de grimper. En 2025, le taux de chômage en Suisse a atteint 3,1 %, avec un total de 147 275 demandeurs d’emploi, un chiffre qui rappelle celui observé pendant la pandémie de COVID-19. Ce paradoxe peut sembler surprenant, mais il est le résultat d’une combinaison de facteurs économiques complexes.
Marius Osterfeld, responsable des affaires économiques et politiques chez Swissstaffing, explique que la Suisse, qui avait connu une pénurie de main-d’œuvre en 2022 et 2023, traverse désormais une phase de ralentissement économique. Plusieurs facteurs mondiaux jouent un rôle dans cette dynamique, notamment la récession en Allemagne, les tensions commerciales liées aux droits de douane américains et les gains de productivité induits par l’intelligence artificielle. Ces éléments ont rendu les entreprises plus prudentes et ont ralenti le recrutement.
L’impact du ralentissement économique se ressent particulièrement dans le secteur du travail temporaire, qui a observé une baisse marquée de son activité au cours des deux dernières années. L’indice Swissstaffing, qui suit les tendances du marché de l’emploi, a en effet enregistré sa plus forte baisse. M. Osterfeld souligne que les signes positifs sont rares et que le secteur du travail temporaire, souvent un indicateur précoce des tendances économiques, pourrait continuer à se dégrader dans les mois à venir.
En outre, bien que le nombre de demandeurs d’emploi soit élevé, le marché reste déséquilibré. Les entreprises, en particulier dans les secteurs spécialisés, peinent à trouver des profils qualifiés, malgré l’afflux de candidatures. Le phénomène de l’« offre » et de la « demande » est de plus en plus complexe à gérer, ce qui rend difficile la répartition des talents et le recrutement de profils adaptés à des besoins spécifiques.








