Des millions de francs sous silence : près de la moitié des élus suisses gardent leurs revenus secrets

La transparence financière des élus suisses est encore insuffisante, avec de fortes disparités entre cantons et partis, fragilisant la confiance du public.

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Des millions de francs sous silence : près de la moitié des élus suisses gardent leurs revenus secrets : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

La transparence des revenus des élus est un enjeu crucial dans la démocratie suisse, où la confiance des citoyens dans leurs représentants est primordiale. Le dernier rapport de Lobbywatch met en lumière un problème persistant : seulement 27% des parlementaires fédéraux déclarent l’ensemble de leurs revenus annexes. 

Malgré des efforts pour améliorer la situation, près de la moitié des élus suisses gardent le silence sur les rémunérations issues de mandats dans des entreprises ou associations. Ce manque de transparence engendre des préoccupations quant à l’intégrité des élus et pourrait nuire à la légitimité des institutions politiques.

Disparités importantes entre cantons et partis politiques

Le rapport de Lobbywatch sur la transparence des élus, publié ce lundi, révèle des disparités marquées entre les cantons suisses. Par exemple, Appenzell Rhodes-Extérieures se distingue avec un taux de transparence de 75 %, tandis que des cantons comme Nidwald, Obwald et Schwytz affichent un score de 0 %. Ces différences témoignent des approches variées des autorités cantonales en matière de déclaration des revenus annexes. Des cantons comme Berne (65 %) et le Jura (63 %) se montrent plus transparents, tandis que la Suisse romande présente des écarts notables : le Jura se situe à un taux de transparence élevé (63 %), tandis que Vaud, Neuchâtel et le Valais sont plus en retrait avec respectivement 48 %, 42 % et 40 %. Le Tessin, les Grisons et Zoug se trouvent également parmi les cantons avec une faible transparence, enregistrant des scores de 10 %, 14 % et 20 %, respectivement.

Ces disparités soulignent non seulement l’inefficacité de certaines politiques cantonales, mais aussi un manque de volonté politique de certains responsables à faire preuve de transparence. Si la transparence est essentielle pour maintenir la confiance des citoyens, il est évident que certains cantons sont loin d’avoir intégré cet impératif dans leur gestion des affaires publiques.

À l’échelle nationale, la situation est similaire. Un constat ressort clairement du rapport : 44 % des parlementaires ne déclarent aucune rémunération provenant de mandats dans des entreprises ou des associations. Bien que la situation soit légèrement meilleure qu’au début de 2024, où 42 % des élus ne déclaraient pas ces revenus annexes, il reste un long chemin à parcourir pour atteindre une véritable transparence. Ce problème touche particulièrement certains partis politiques, dont le PLR, qui est en bas de l’échelle avec aucun membre déclarant tous ses revenus annexes. En revanche, le PS et les Vert-e-s enregistrent des résultats plus positifs, avec respectivement 51 % et 68 % de leurs membres qui publient tous leurs revenus.

Un manque de transparence qui fragilise la confiance des citoyens

L’un des aspects les plus inquiétants de ce rapport réside dans la distinction entre transparence totale et partielle. Seulement une minorité de parlementaires publie réellement l’intégralité de leurs rémunérations. Cette situation alimente les critiques de l’opinion publique, qui réclame davantage d’intégrité de la part de ses élus. Parmi les partis politiques, l’Union démocratique du centre (UDC) a montré des progrès en matière de transparence et se situe désormais au niveau du Centre. Mais l’absence de transparence totale au sein du PLR reste un sujet de préoccupation majeur.

Les femmes parlementaires se révèlent être plus transparentes que leurs homologues masculins : un tiers des femmes publient tous leurs revenus, contre seulement un quart des hommes. Cette tendance pourrait s’expliquer par un désir plus marqué de faire preuve de responsabilité et de transparence dans la vie publique. Cependant, ces différences restent limitées et ne résolvent pas le problème structurel de l’opacité des revenus des élus.

En termes de méthodologie, Lobbywatch a demandé à tous les parlementaires fédéraux, durant l’été 2025, de rendre publics leurs revenus. Ce rapport met en évidence que, malgré des progrès dans certains partis, la transparence financière des élus suisses reste insuffisante et inégale, ce qui soulève des questions légitimes sur l’intégrité de la classe politique et son influence sur la confiance du public.

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