En Suisse, l’écart salarial continue de se creuser, exacerbant les inégalités entre les plus hauts revenus et la majorité des travailleurs. Alors que la croissance salariale stagne pour presque tous les employés, elle atteint de nouveaux sommets pour les 1 % les plus riches.
Cette situation, marquée par une forte inflation et une économie en tension, soulève des questions sur l’équité du système salarial et ses répercussions sur la société. L’augmentation continue des salaires des hauts dirigeants accentue cette fracture, mettant en lumière des déséquilibres qui risquent de fragiliser le tissu social et économique du pays.
Des salaires en stagnation pour la majorité des employés
La Suisse, pays avec un niveau de vie parmi les plus élevés au monde, semble également être le théâtre d’une inégalité salariale grandissante. Selon une analyse de l’enquête sur la structure des salaires de l’Union syndicale suisse (USS), les salaires des employés normaux, notamment dans les secteurs intermédiaires et bas, stagnent. Cette situation survient alors que les salariés, y compris de nombreux cadres, attendent désespérément des augmentations qui ne viennent pas. Les raisons principales de cette stagnation sont multiples : des négociations salariales plus difficiles, une forte inflation depuis 2022, et des employeurs qui ne répercutent que partiellement les hausses des prix sur les salaires.
L’économiste David Gallusser explique que cette situation est le résultat d’un contexte économique difficile, marqué par un nombre croissant de licenciements, une raréfaction des offres d’emploi, et une pression accrue sur les négociations salariales. Cette dynamique affecte particulièrement les bas et moyens salaires. En effet, pour de nombreux travailleurs, les hausses salariales ne couvrent même pas la hausse du coût de la vie. Dans certains cas, des employés ont dû renoncer à des augmentations salariales afin de préserver des avantages sociaux, comme des prestations de prévoyance, qui deviennent une priorité face à l’incertitude économique.
Une dynamique salariale favorable aux hauts revenus
À l’inverse, le phénomène est tout autre pour les salaires les plus élevés. Les revenus des 1 % les plus riches continuent d’augmenter de manière significative, et ce, malgré les difficultés économiques qui touchent la majorité des travailleurs. Cette tendance est particulièrement marquée au sein des hautes directions des grandes entreprises. Les dirigeants, comme les CEO, ont non seulement la possibilité d’imposer des augmentations salariales, mais aussi de négocier des bonus considérables, renforçant ainsi leur position de pouvoir. Ces augmentations sont souvent plus liées à la performance individuelle qu’à l’état global de l’économie.
David Gallusser explique que les managers à des postes de direction bénéficient d’une position privilégiée leur permettant de fixer leurs propres salaires et primes, relate 20min. Ce phénomène fait partie d’une dynamique où les dirigeants peuvent influencer directement les montants de leurs rémunérations et de leurs bonus, indépendamment des conditions salariales générales dans l’entreprise. Ce mécanisme crée ainsi une différence de plus en plus marquée entre les hauts revenus et les autres catégories d’employés. Les hauts salaires progressent souvent bien plus rapidement que ceux des autres catégories de travailleurs, augmentant l’écart salarial au sein même des entreprises et dans la société en général.
Les conséquences d’un écart salarial croissant
L’écart salarial croissant pose de réelles inquiétudes sur le plan social et économique. Selon l’USS, cette situation pourrait nourrir un mécontentement populaire, voire provoquer des tensions sociales. La stagnation des salaires pour une large partie de la population affaiblit la consommation, car une grande partie des travailleurs n’a pas les moyens de soutenir le même niveau de consommation, contrairement aux plus riches qui continuent de bénéficier de hausses importantes. Cette inégalité salariale risque de déstabiliser le modèle économique suisse, largement basé sur la consommation intérieure.
En outre, la montée de l’injustice perçue par les travailleurs pourrait créer un terrain propice à des revendications sociales plus fortes, voire à des mouvements politiques en faveur d’une plus grande égalité des revenus. Une telle polarisation des revenus met en péril la cohésion sociale, qui est pourtant un pilier de la stabilité en Suisse. Le contraste entre les salaires des plus hauts dirigeants et ceux des autres employés pourrait entraîner un mécontentement croissant parmi les travailleurs, notamment dans le secteur public et dans les entreprises où les salaires restent figés.
De leur côté, certains représentants du patronat, comme Stefan Heini de l’Union patronale suisse, rejettent cette lecture. Selon lui, l’augmentation des salaires élevés ne se fait pas au détriment des bas salaires. Il souligne que ces derniers ont effectivement connu une progression plus significative ces dernières années, notamment depuis 2008. Toutefois, cette position ne suffit pas à apaiser les critiques concernant l’accroissement des inégalités salariales, surtout lorsque la majorité des travailleurs peine à voir une réelle amélioration de leur pouvoir d’achat.








