Depuis octobre dernier, les fluctuations du franc suisse par rapport à l’euro ont attiré l’attention des économistes et des analystes financiers. La monnaie helvétique avait atteint des niveaux particulièrement élevés, alimentant les spéculations sur une possible chute du taux de change sous la barre des 90 centimes pour un euro.
Cependant, la situation a radicalement changé en quelques semaines. Le franc s’est nettement affaibli, passant de 0,92 à environ 0,9340 contre l’euro, ce qui soulève des interrogations sur les causes de ce retournement. Plusieurs acteurs du marché suggèrent que cette dynamique pourrait être influencée par des interventions discrètes, notamment de la Banque nationale suisse (BNS), bien que cette hypothèse soit nuancée par certains experts.
Une intervention discrète de la BNS ?
L’une des principales spéculations qui entourent l’affaiblissement du franc suisse est l’éventualité d’une intervention de la Banque nationale suisse (BNS). En octobre, le franc suisse avait pris une valeur particulièrement forte, atteignant des niveaux proches de 0,92 par euro. Cette situation avait poussé certains économistes à envisager un risque de chute du taux sous la barre symbolique des 90 centimes, ce qui aurait eu un impact négatif sur la compétitivité des exportations suisses et les prix internes. Pour limiter cet effet, la BNS avait injecté 44 milliards de francs en octobre, en achetant des actifs en euros et en dollars pour éviter un renforcement trop rapide de la monnaie suisse. Cette opération s’inscrivait dans les efforts de l’institution pour lutter contre la déflation et maintenir un environnement économique favorable aux exportations suisses.
Cette intervention a conduit certains à évoquer la notion de « main invisible », suggérant que la BNS aurait joué un rôle discret pour stabiliser le taux de change et empêcher une appréciation trop marquée du franc. Jean-Marc Sabet, fondateur du site B-Sharpe, a commenté cette situation dans le quotidien 24 Heures, en soulignant que « le marché évoque une main invisible, possiblement la BNS, qui stabilise discrètement ce niveau ». Toutefois, cette hypothèse n’est pas partagée par tous les analystes. John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion, tempère cette vision en rappelant que, même si la BNS a agi par le passé pour défendre la parité du franc suisse, il est peu probable que cette politique soit mise en place aujourd’hui. En effet, début novembre, la Suisse a été retirée de la liste des pays accusés par les États-Unis de manipuler leur devise, ce qui rend une telle intervention plus improbable à court terme.
Cela dit, les experts s’accordent à dire que la BNS continue de surveiller attentivement l’évolution du taux de change et pourrait intervenir à nouveau si nécessaire, en particulier si un renforcement excessif du franc mettait en danger la croissance économique ou la compétitivité des exportateurs suisses. Cependant, il semble peu probable qu’une intervention agressive se produise dans le contexte actuel, où les pressions externes liées à la géopolitique et aux marchés mondiaux prennent une place plus importante.
L’impact de la géopolitique et de la détente en Ukraine
Si la question des interventions de la BNS suscite de nombreuses discussions, un autre facteur important explique la récente faiblesse du franc suisse : la situation géopolitique en Ukraine. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le franc suisse, comme d’autres devises refuges, avait été très recherché par les investisseurs en raison de l’incertitude liée au conflit. Cependant, avec la baisse des tensions et la signature d’un plan de paix négocié par les États-Unis avec la Russie, l’appétit pour ces valeurs refuges s’est largement atténué. Le franc suisse, qui avait particulièrement bénéficié de cette situation de crise, a ainsi perdu de son attrait.
L’effet de la détente géopolitique est clairement perceptible dans les marchés. Selon John Plassard, « le plan de paix sur l’Ukraine négocié avec la Russie, élaboré par les États-Unis, constitue le véritable déclencheur » du recul du franc. Cette détente géopolitique, accompagnée d’une certaine stabilité sur les marchés financiers mondiaux, réduit l’incertitude qui avait favorisé l’achat de francs suisses comme valeur refuge. D’autres facteurs, comme la reprise économique en Europe et une certaine stabilité dans les perspectives financières mondiales, expliquent également cette tendance à la baisse du franc. En effet, jusqu’à la mi-novembre, le franc suisse s’était fortement apprécié en raison des inquiétudes liées à la récession en Europe et aux incertitudes sur les marchés financiers. Aujourd’hui, l’environnement mondial plus calme semble avoir redonné de l’espace à l’euro pour se redresser face au franc suisse.
Ce phénomène est également renforcé par le fait que les investisseurs sont moins enclins à rechercher des monnaies refuge comme le franc suisse lorsque l’incertitude géopolitique et économique diminue. Les devises telles que l’euro, soutenues par une certaine stabilité, retrouvent ainsi un certain attrait aux yeux des investisseurs internationaux.








