Le franc suisse a atteint récemment un nouveau plus bas historique face à l’euro, un événement qui met en lumière des dynamiques économiques et géopolitiques complexes. Vendredi, l’euro est descendu sous la barre des 0,92 franc, avec un point bas de 0,9186 EUR/CHF, avant de se redresser légèrement. Ce niveau est comparable à celui observé en janvier 2015, lors de l’abandon du taux plancher de 1,20 EUR/CHF, fixé par la Banque nationale suisse (BNS).
Cette appréciation du franc, liée à l’incertitude des marchés mondiaux, soulève plusieurs enjeux pour l’économie suisse, notamment pour ses exportateurs. Alors que les investisseurs se tournent vers des valeurs refuges telles que la monnaie suisse, les conséquences sur le secteur industriel pourraient être considérables.
Le retour des valeurs refuges face à l’incertitude
La chute de l’euro et du dollar par rapport au franc suisse s’inscrit dans un contexte d’incertitudes économiques et politiques marquées. En particulier, l’instabilité politique aux États-Unis, notamment autour du « shutdown » du gouvernement américain, a exacerbé les craintes des investisseurs. Selon John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement à Cité Gestion, « les investisseurs fuient les actifs risqués et se réfugient dans des valeurs sûres, dont fait partie le franc suisse », rapporte la RTS. Cette demande accrue pour des actifs dits « sûrs » a non seulement renforcé le franc suisse par rapport à l’euro, mais aussi par rapport au dollar, qui a atteint un niveau historiquement bas de 0,7899 USD/CHF en matinée.
L’analyste Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote, évoque quant à elle un « retour de panique » sur les marchés. Après une phase d’optimisme liée à la fin du « shutdown », la publication de données économiques cruciales pourrait mettre en évidence la faiblesse de la première économie mondiale. Cela alimente des mouvements de marché chaotiques, propulsant ainsi le franc suisse à des niveaux record face aux autres grandes devises. Les investisseurs se montrent désormais plus enclins à sécuriser leur capital dans des monnaies jugées stables comme le franc suisse.
Cette situation, bien qu’avantageuse pour les investisseurs recherchant la sécurité, constitue un défi pour l’économie réelle. Le renforcement du franc par rapport à l’euro a un impact direct sur la compétitivité des exportations suisses, un secteur clé pour l’économie helvétique.
Un défi pour les exportateurs suisses : comment réagir face à l’appréciation du franc ?
L’appréciation du franc suisse soulève une problématique importante pour les exportateurs suisses. La hausse de la valeur du franc rend les produits suisses plus chers pour les consommateurs étrangers, ce qui peut réduire la demande pour les exportations helvétiques. Cela représente une pression supplémentaire pour les entreprises suisses, notamment dans des secteurs comme la chimie, la pharmacie ou l’horlogerie, qui dépendent largement des marchés européens et mondiaux.
Face à ce phénomène, la Banque nationale suisse (BNS) se trouve dans une position délicate. Pour éviter que l’appréciation du franc ne nuise à la compétitivité des exportateurs, la BNS intervient régulièrement sur les marchés des changes en achetant ou en vendant des devises pour influencer la valeur du franc. Daniel Kalt, économiste chez UBS, souligne que si la tendance à l’appréciation du franc devait se poursuivre, la BNS pourrait être amenée à adopter des mesures supplémentaires telles que des baisses de taux d’intérêt ou des interventions directes. Cependant, il alerte sur le fait que « le franc ne doit pas s’apprécier soudainement et fortement, surtout contre l’euro », car une telle appréciation pourrait avoir des répercussions négatives sur les secteurs industriels européens, déjà fragilisés par des conditions économiques difficiles.
La monnaie unique européenne étant essentielle pour de nombreux fournisseurs suisses d’une industrie déjà en difficulté, toute fluctuation importante de la valeur du franc par rapport à l’euro pourrait compliquer les relations commerciales. Cela soulève des inquiétudes sur la pérennité de certaines industries suisses, qui risquent de perdre leur compétitivité sur le marché européen, ce qui nuirait à la croissance de l’économie helvétique dans son ensemble.








