L’industrie pharmaceutique suisse, longtemps considérée comme l’un des secteurs les plus compétitifs et attractifs au monde, se trouve aujourd’hui confrontée à des défis majeurs. La concurrence croissante des pays étrangers, l’impact du protectionnisme et les politiques économiques fluctuantes menacent l’équilibre de l’industrie.
De grandes entreprises comme Roche et Novartis, piliers du secteur, doivent s’adapter à un environnement de plus en plus incertain. Cette situation soulève des questions cruciales sur la place de la Suisse dans cette industrie mondiale en pleine mutation.
La concurrence internationale et le recul de la Suisse dans les classements mondiaux
L’un des principaux éléments de cette évolution concerne la perte de position de la Suisse dans les classements mondiaux des destinations privilégiées pour les investissements pharmaceutiques. Selon une étude menée par Scienceindustries, la Suisse a reculé à la troisième place, derrière les États-Unis et l’Irlande, dans le classement des pays les plus compétitifs pour l’industrie pharmaceutique. Si la Suisse conserve un cadre favorable en matière de fiscalité, de stabilité politique et de qualité d’infrastructures, elle perd toutefois du terrain face à des pays qui investissent massivement dans l’innovation et les subventions fiscales.
Les États-Unis, actuellement en tête du classement, attirent une grande partie des investissements grâce à une politique favorable aux entreprises, y compris des allègements fiscaux et des subventions à la recherche. La montée en puissance de l’Irlande, qui s’est imposée comme un site privilégié grâce à son faible taux d’imposition et son attractivité pour les entreprises de biotechnologie, représente également une menace pour la Suisse. Des pays comme le Danemark, la Suède ou les Pays-Bas ont comblé leur retard en matière d’innovation et proposent des incitations fiscales agressives pour attirer les géants pharmaceutiques.
Michael Grass, auteur de l’étude réalisée par BAK Economics, souligne que sur les cinq dernières années, la compétitivité de la Suisse s’est détériorée, notamment en raison de la montée de cette concurrence internationale. En parallèle, des pays comme la Chine ou la France, avec leur volonté de développer des secteurs clés tels que les biotechnologies, mettent également la pression sur la Suisse. En France, par exemple, un programme d’investissement de neuf milliards d’euros dans l’innovation en santé ambitionne de transformer le pays en un leader mondial des biotechnologies d’ici 2030.
L’impact du protectionnisme et de la politique de Donald Trump sur la Suisse
L’élection de Donald Trump a exacerbé les défis de la Suisse en matière de compétitivité pharmaceutique. Le président américain a mis en place une politique économique visant à favoriser la production locale et à réduire les coûts des médicaments aux États-Unis. Pour inciter des entreprises comme Roche, Novartis ou Lonza à rapatrier une partie de leur production, Trump a menacé d’imposer des droits de douane massifs sur les produits pharmaceutiques importés. Cette politique a obligé les grandes entreprises à revoir leurs stratégies d’investissement et de production.
Le groupe Roche, par exemple, a récemment annoncé un investissement de 500 millions de francs pour la construction du centre de recherche Bau 12 à Bâle, un projet de grande envergure censé accueillir jusqu’à 450 scientifiques. Cependant, le climat politique incertain, notamment en raison des menaces protectionnistes américaines, rend difficile de garantir la stabilité à long terme pour ce type de projet. En effet, l’incertitude autour de l’évolution des politiques douanières américaines peut remettre en cause les investissements planifiés de manière anticipée, obligeant les entreprises à chercher des alternatives.
Ce phénomène de protectionnisme croissant ne concerne pas seulement les États-Unis. Plusieurs pays de l’Union européenne, comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, mènent également des politiques économiques visant à attirer les entreprises pharmaceutiques. La concurrence s’intensifie, et la Suisse, traditionnellement un site privilégié pour les investissements dans le secteur pharmaceutique, voit son avantage concurrentiel s’amenuiser face à cette montée en puissance de nouvelles puissances économiques et pharmaceutiques.
La réaction de la Suisse et les perspectives pour l’industrie pharmaceutique
Face à ces bouleversements, la question se pose : comment la Suisse peut-elle maintenir sa position de leader dans le secteur pharmaceutique ? Annette Luther, présidente de Scienceindustries, estime qu’il est essentiel pour le pays de rester prudent vis-à-vis de la politique industrielle, relate Watson. Selon elle, plus l’État alloue des fonds publics aux entreprises, plus il risque d’intervenir dans leurs décisions. C’est pourquoi elle prône une approche qui favorise l’indépendance tout en intégrant des mesures adaptées pour renforcer l’attractivité de la Suisse.
Parmi ces mesures, l’incitation fiscale pour la recherche et le développement, ainsi qu’une mise en œuvre flexible de l’impôt minimum de l’OCDE, sont des pistes à explorer pour stimuler l’innovation dans le pays. Une stratégie d’implantation industrielle, qui intégrerait ces éléments, est en cours d’élaboration et pourrait permettre à la Suisse de reconquérir une position favorable dans la course mondiale aux investissements pharmaceutiques.
Cependant, bien que la situation soit difficile, les experts estiment que la Suisse, grâce à une très forte croissance du secteur ces dernières années, ne sera pas immédiatement frappée par des vagues de délocalisations massives. L’impact de ces bouleversements pourrait se faire sentir à plus long terme, mais la Suisse reste bien positionnée pour réagir aux défis posés par cette nouvelle ère de compétitivité.








