Le lien entre richesse et émissions de CO₂ est un sujet qui suscite de nombreux débats, notamment lorsqu’il s’agit de la responsabilité des plus riches dans la crise climatique. En Suisse, comme dans de nombreux pays, il semble évident que les ménages les plus aisés génèrent davantage de gaz à effet de serre, notamment en raison de leur mode de vie.
Cependant, cette vision simpliste masque des dynamiques complexes qui méritent d’être explorées. Une étude récente menée en Suisse met en lumière ces différences tout en soulignant que l’impact environnemental des ménages à faible revenu ne doit pas être sous-estimé.
Les riches et leur mode de vie polluant : un impact disproportionné
Depuis plusieurs années, la littérature scientifique a établi un lien clair entre les comportements de consommation des plus riches et l’augmentation des émissions de CO₂. Une étude de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH), parue au printemps, confirme que les 10 % des plus riches ont été responsables d’environ deux tiers du réchauffement climatique mondial depuis 1990. Un autre rapport d’Oxfam met en lumière l’ampleur de cette inégalité : les cinquante plus grands milliardaires du monde émettent, en moins de trois heures, plus de CO₂ qu’un Britannique moyen durant toute sa vie, rapporte Watson. Ces chiffres sont en grande partie dus à la consommation excessive des super-riches, notamment par les déplacements en jets privés, l’usage de yachts et de limousines de luxe. En effet, les voyages en avion représentent une part importante de l’empreinte écologique des plus fortunés. Une étude publiée dans Communications Earth & Environment a révélé que les émissions dues à l’aviation privée ont augmenté de 46 % entre 2019 et 2023, avec des projections de croissance continue pour ce secteur.
Cette dynamique est particulièrement visible en Suisse, où les ménages les plus riches émettent en moyenne davantage de CO₂. Une étude menée par Florian Landis, expert en politique climatique à la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW), a analysé les habitudes de consommation de 10 000 ménages suisses. Il a trouvé que les familles plus aisées ont tendance à voyager fréquemment en avion et à consommer des services de luxe, ce qui entraîne une empreinte carbone nettement plus importante. Par ailleurs, un autre facteur déterminant est la fréquence des repas pris au restaurant, qui, selon Landis, engendre une consommation excessive de viande, un produit particulièrement polluant en termes d’émissions de gaz à effet de serre.
Cependant, un aspect important est que, par franc dépensé, les ménages plus riches génèrent moins d’émissions. Cela est dû à leur capacité à investir dans des produits et services moins polluants, comme des logements neufs et bien isolés, ainsi que des systèmes énergétiques moins énergivores. Les ménages modestes, eux, ont moins de moyens pour ces investissements, ce qui explique une partie de la différence entre les groupes.
Les ménages modestes : une empreinte carbone indirecte, mais importante
Malgré une consommation totale moins élevée, les ménages à faibles revenus génèrent une empreinte écologique plus importante par franc dépensé. Cette réalité surprenante est due, en grande partie, à des conditions de logement souvent moins favorables. De nombreuses familles modestes vivent dans des habitations mal isolées, chauffées au mazout, ce qui génère des émissions supplémentaires pour le chauffage. En revanche, les ménages plus riches ont plus de chances de vivre dans des logements neufs, dotés de systèmes de chauffage écologiques comme les pompes à chaleur ou le chauffage urbain, réduisant ainsi leur empreinte carbone.
Cette situation est également liée aux choix alimentaires. Les ménages modestes, souvent contraints par des budgets serrés, se tournent vers des produits alimentaires moins chers et plus transformés, dont la production est plus polluante. À l’inverse, les riches peuvent se permettre d’acheter des produits bio ou locaux, moins polluants. Ce phénomène est bien documenté, et des études montrent qu’une alimentation riche en viande et en produits transformés a une empreinte carbone bien plus élevée que celle d’une alimentation axée sur des produits durables et locaux.
Il est intéressant de noter que les inégalités en termes d’impact écologique ne sont pas uniquement économiques, mais aussi sociales. Les personnes à faibles revenus sont souvent les moins informées ou les moins en mesure de changer leur mode de vie pour adopter des pratiques plus écologiques, comme la rénovation énergétique de leurs logements ou l’achat de produits plus respectueux de l’environnement.








