Les héritiers suisses de demain : des richesses colossales seront transmises aux jeunes de  cette génération

L’héritage des millennials, largement alimenté par la hausse des valeurs immobilières, contribue à accentuer les inégalités de richesse et soulève des enjeux fiscaux et politiques cruciaux.

Publié le
Lecture : 3 min
Riches
Les héritiers suisses de demain : des richesses colossales seront transmises aux jeunes de cette génération : Crédit : Keystone | Econostrum.info - Suisse

L’héritage constitue un facteur majeur dans la distribution des richesses en Suisse, un pays où les inégalités de patrimoine se creusent de manière préoccupante. En particulier, la génération des millennials se retrouve à hériter des sommes bien plus importantes que celles de leurs prédécesseurs, notamment grâce à l’appréciation de l’immobilier et à la concentration des richesses. 

Si les débats autour de la fiscalité sur les successions, comme celui porté par l’initiative de la Jeunesse socialiste (JS), continuent d’alimenter les discussions politiques, ils soulèvent aussi des questions sur l’impact de ces dynamiques sur l’équilibre démocratique. L’économiste Isabel Martinez s’est récemment penchée sur ces problématiques, expliquant comment les héritages perpétuent les inégalités et menacent la justice sociale.

L’augmentation des héritages : un facteur clé des inégalités patrimoniales

La répartition des héritages en Suisse est en constante évolution et contribue de manière significative à l’accroissement des inégalités. En 2025, le montant total des successions devrait atteindre un record de 100 milliards de francs suisses, soit environ 12% du PIB du pays, selon l’Université de Lausanne. Cette augmentation est principalement alimentée par l’appréciation des valeurs immobilières. Les générations précédentes, notamment les baby-boomers, ont acheté des biens immobiliers qui ont pris de la valeur au fil du temps. Ces biens seront transmis aux générations suivantes, notamment aux millennials, qui héritent désormais des propriétés dont la valeur a explosé ces dernières décennies.

L’effet de cet héritage sur les millennials est sans précédent. Alors que les générations précédentes devaient partager leurs héritages avec plusieurs frères et sœurs, de nombreux millennials héritent désormais en grande partie d’un seul ou de quelques membres de la famille, ce qui entraîne une répartition plus concentrée. Par conséquent, les sommes héritées par les millennials sont souvent bien plus importantes que celles transmises à leurs parents ou grands-parents à leur époque. Cependant, un aspect clé de ce phénomène est que les personnes qui héritent de ces sommes colossales sont déjà des individus relativement riches. Selon Isabel Martinez, « 60% des plus riches en Suisse sont des héritiers », rapporte Watson. Ce qui met en lumière la manière dont les héritages renforcent les inégalités économiques à long terme.

En effet, les riches héritiers n’utilisent pas leurs héritages de la même manière que ceux de classes sociales plus modestes. Un individu qui hérite de plusieurs millions de francs peut investir ou faire fructifier cette richesse, alors qu’un héritier moins fortuné, bien que recevant une somme importante, risque de dépenser rapidement cette dernière sans en faire croître la valeur. Ces dynamiques ne sont pas seulement un problème économique, mais aussi social, car elles contribuent à creuser l’écart entre les classes sociales et à renforcer la concentration des richesses.

Héritage et fiscalité : un débat politique et démocratique

Le débat sur l’imposition des successions est devenu une question clé de l’actualité politique en Suisse. La Jeunesse socialiste (JS) a lancé une initiative visant à instaurer un impôt sur les méga-héritages, une mesure qui a provoqué des réactions vives, notamment de la part des personnes les plus fortunées. En Suisse, dans la majorité des cantons, les héritiers directs – enfants, conjoints – ne paient pas d’impôt sur les successions. Cet avantage fiscal a longtemps été un sujet de débat, car il ne reflète plus la réalité de nombreuses familles modernes, où la conception de la « famille nucléaire » n’est plus forcément applicable. La législation en vigueur favorise donc une structure familiale traditionnelle, en excluant souvent d’autres types de relations proches qui, pourtant, peuvent être aussi importantes.

Isabel Martinez souligne qu’en Suisse, environ 60% des successions sont exonérées de tout impôt, ce qui prive l’État d’une source de revenus potentiels. Le modèle suisse, qui reste favorable aux héritiers directs, est perçu par certains comme une anomalie, surtout dans un contexte où les inégalités se creusent. Si l’initiative de la JS est rejetée par une partie de la population, c’est en partie en raison de l’opposition à l’idée d’une intervention de l’État dans des affaires aussi personnelles que l’héritage. D’autres s’inquiètent de la manière dont ces nouveaux impôts seraient utilisés, notamment pour financer des initiatives environnementales, ce qui pourrait toucher l’ensemble des contribuables en cas de perte de recettes fiscales.

Malgré ce rejet probable, l’initiative a réussi à ouvrir un débat sur les inégalités de richesse et la manière dont l’héritage contribue à ces disparités. Ce débat est d’autant plus crucial que, comme le rappelle Isabel Martinez, les héritages ne sont pas seulement une question économique, mais aussi politique. Dans des sociétés comme la Suisse, où une grande partie de la richesse est héritée, les familles riches exercent une influence disproportionnée sur la politique. Ce phénomène est bien visible dans l’opposition de certains milliardaires à l’initiative de la JS, qui a même menacé de quitter la Suisse en cas d’adoption de l’impôt sur les successions. Cela soulève la question du pouvoir que les plus riches exercent sur les processus démocratiques.

Les richesses héritées sont loin d’être un facteur neutre. Elles exercent une pression non seulement sur l’économie, mais aussi sur la politique et la démocratie en Suisse. Une concentration excessive de richesse entre les mains de quelques-uns met en péril l’égalité des chances, un principe fondamental des démocraties modernes.

Laisser un commentaire

Share to...