Des milliards de francs impayés : Les entreprises suisses noyées sous des dettes colossales des crédits Covid

Bien que les crédits Covid aient été une bouée de sauvetage pour de nombreuses entreprises durant la crise, ils constituent aujourd’hui un fardeau financier difficile à gérer pour un grand nombre d’entre elles.

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Entreprises
Des milliards de francs impayés : Les entreprises suisses noyées sous des dettes colossales des crédits Covid : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

La crise sanitaire mondiale déclenchée par la pandémie de Covid-19 a contraint les gouvernements à prendre des mesures économiques exceptionnelles. En Suisse, l’État a déployé un programme massif de crédits garantis pour soutenir les entreprises confrontées à des fermetures et à une activité économique quasiment paralysée. Ce soutien, bien qu’essentiel pour la survie de nombreuses entreprises, a aussi entraîné une accumulation de dettes. 

Cinq ans après la mise en place du programme, une partie importante des entreprises suisses peine toujours à rembourser ces sommes, et des millions de francs restent impayés. Ce retard dans le remboursement suscite de nouvelles inquiétudes sur la santé financière du pays et les conséquences de ces crédits à long terme.

Des crédits Covid qui tardent à être remboursés

Dès le début de la pandémie en 2020, le gouvernement suisse, sous la direction de l’ancien ministre des Finances Ueli Maurer, a réagi rapidement en accordant des crédits garantis par l’État pour éviter une vague de faillites. Ces crédits, accessibles aux entreprises en difficulté, pouvaient aller jusqu’à 500’000 francs. Les banques ont alors octroyé près de 138’000 crédits pour un montant total de près de 17 milliards de francs, avec l’État garantissant ces emprunts. Cette aide d’urgence a permis à de nombreuses entreprises de continuer leur activité pendant les périodes de confinement, mais aujourd’hui, les conséquences de cette aide sont visibles.

Cinq ans après le début de la crise, une nouvelle analyse du Contrôle fédéral des finances (CDF) a révélé qu’un montant total de 9,2 milliards de francs a été remboursé. Cependant, plus de 6 milliards de francs restent encore dus à la fin de l’année 2024, et des milliers d’entreprises n’ont toujours pas réussi à rembourser leurs prêts. La situation est d’autant plus préoccupante que, depuis 2023, un taux d’intérêt a été ajouté sur ces crédits, incitant certaines entreprises à accélérer les remboursements. Toutefois, pour beaucoup d’autres, la reprise économique reste insuffisante pour honorer cette dette, malgré un plan de remboursement étendu.

Le remboursement de ces crédits n’est pas immédiat, et la durée des prêts a été ajustée à la baisse depuis 2022. Les entreprises peuvent désormais s’attendre à rembourser leurs crédits sur une période de quatre à six ans, selon la situation particulière de chacune. En dépit de cette flexibilité, des difficultés persistantes demeurent, notamment pour les petites et moyennes entreprises (PME) qui sont les plus touchées par cette situation de crise prolongée. À ce jour, environ 68 millions de francs restent impayés, un montant qui pourrait continuer d’augmenter dans les mois à venir. Pour éviter un afflux de défauts de paiement, les banques sont obligées d’offrir un délai supplémentaire de six à douze mois aux entreprises en difficulté avant d’exiger les remboursements.

Fraudes et abus : une autre dimension du programme

Outre les difficultés de remboursement, un autre problème majeur a surgi : celui des abus et fraudes liés à l’octroi de ces crédits. Le gouvernement suisse a mis en place des critères d’examen flexibles pour permettre une distribution rapide des fonds, ce qui a facilité l’accès aux crédits pour de nombreuses entreprises, mais a également ouvert la voie à des comportements frauduleux. Selon les derniers rapports, près de 17’000 cas suspects de fraude ont été identifiés, et 4800 plaintes pénales ont été déposées, selon Blick. La majorité de ces plaintes concernent l’utilisation abusive des crédits, notamment pour des investissements personnels au lieu de couvrir des pertes de revenus liées à la crise.

Des entreprises ont également demandé plusieurs fois des crédits en falsifiant leurs déclarations de chiffre d’affaires ou ont utilisé une partie des fonds pour des distributions de dividendes ou des augmentations de capital. En 2024, 142 entreprises ont été identifiées comme ayant utilisé des crédits garantis pour distribuer des dividendes, totalisant 21,5 millions de francs en garanties, alors que les montants accordés auraient dû être utilisés exclusivement pour compenser les pertes liées à la pandémie. Certaines entreprises ont également délibérément gonflé leurs chiffres d’affaires passés pour obtenir des crédits plus élevés.

Le montant total des crédits obtenus de manière frauduleuse atteint plus de 150 millions de francs. La question de la récupération de ces fonds est encore ouverte, et le gouvernement suisse met tout en œuvre pour identifier les auteurs de ces fraudes. Malgré les efforts pour lutter contre les abus, l’ampleur des fraudes reste un sujet préoccupant, et la Confédération prévoit des pertes estimées à 1,7 milliard de francs en raison de ces comportements illicites.

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