La différence de prix des médicaments génériques entre la Suisse et ses pays voisins soulève des questions économiques cruciales. En particulier, certains produits sont vendus jusqu’à dix fois plus cher en Suisse qu’en France. Alors que des solutions permettant de réduire ces coûts existent, les réformes peinent à voir le jour.
Cette situation a des conséquences sur les dépenses des assurés et sur le système de santé suisse, déjà sous pression. La problématique est d’autant plus importante dans un contexte où l’optimisation des coûts en santé est devenue un enjeu majeur pour les finances publiques et la durabilité du système de santé.
L’écart tarifaire : un poids pour les assurés suisses
Le coût des médicaments génériques en Suisse reste l’un des plus élevés d’Europe. Comparé à des pays comme la France ou l’Allemagne, où ces produits sont beaucoup plus accessibles, la différence est frappante. Certains médicaments génériques peuvent effectivement coûter jusqu’à dix fois plus cher en Suisse, selon une étude parue dans le journal 24 heures. Ce décalage tarifaire pèse sur le budget des assurés, en particulier ceux ayant des besoins médicaux chroniques.
Le système suisse pourrait, selon des estimations, économiser jusqu’à 370 millions de francs en adaptant les prix des génériques à ceux de pays voisins comme la France, tout en maintenant la qualité des soins. Le professeur Bernard Hirschel, spécialiste genevois, alerte sur le fait que « l’énorme différence persiste et s’aggrave » avec le temps. Cette situation est également critiquée par la surveillance des prix de la Confédération, qui pointe les défaillances de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) dans la régulation des tarifs des médicaments.
La Suisse se distingue par un système de régulation des prix moins strict que celui de ses voisins. Contrairement à plus de vingt pays européens, la Suisse n’impose pas de prix plafonds pour les médicaments génériques, ce qui conduit à des écarts considérables. De plus, l’OFSP, qui est censé garantir une régulation équitable, est souvent jugé trop souple, voire inefficace dans sa gestion des tarifs. Ce manque de régulation laisse les fabricants de médicaments jouer un rôle trop important dans la fixation des prix, augmentant ainsi les coûts pour les consommateurs.
Les obstacles politiques à la réduction des prix
Malgré plusieurs tentatives pour réformer le système, les initiatives politiques visant à réduire les prix des médicaments génériques ont systématiquement échoué. Il y a cinq ans, le Conseil national a rejeté une proposition de plafonnement des prix, comme cela se pratique dans de nombreux autres pays européens. Cette mesure aurait permis de limiter les coûts pour les assurés et de garantir un meilleur accès aux médicaments essentiels. Le refus de cette réforme a marqué un premier obstacle majeur à toute tentative de réduction des coûts dans le secteur des médicaments génériques en Suisse.
Plus récemment, une autre proposition a vu le jour, soutenue par le Conseil national et le Conseil fédéral. Cette motion proposait de permettre le remboursement des médicaments achetés à l’étranger, une solution qui aurait favorisé la concurrence et fait baisser les prix en Suisse. Toutefois, cette proposition a échoué devant le Conseil des États. Ses défenseurs estimaient qu’en permettant aux assurés de se tourner vers les génériques étrangers, la concurrence aurait pu encourager les prix à la baisse. Mais cette réforme a été perçue par certains comme un risque pour la qualité des soins et la viabilité du système de santé local.
Une autre cause du statu quo est le manque de pression sur les pharmacies pour qu’elles proposent systématiquement des génériques à leurs clients. En Suisse, les pharmacies ne sont pas légalement obligées de proposer ces alternatives moins chères, contrairement à ce qui se fait dans plusieurs autres pays européens. Cette absence d’obligation fait que, dans de nombreux cas, les patients se retrouvent à payer plus cher des médicaments de marque, même si des options génériques moins onéreuses existent. L’absence d’incitation à privilégier les génériques se traduit par une augmentation des dépenses pour les assurés, sans réelle baisse des coûts pour le système de santé.








