La faillite de First Brands, fournisseur américain de pièces automobiles, met UBS dans une position délicate. La société, lourdement endettée à hauteur de 10 milliards de dollars, a révélé une structure financière complexe, exposant plusieurs acteurs financiers à des pertes potentiellement importantes.
UBS, par le biais de sa filiale O’Connor, a investi près de 500 millions de dollars dans des créances liées à la chaîne d’approvisionnement de First Brands, mettant en lumière les risques associés à la titrisation de créances. Les répercussions de cette débâcle rappellent des précédents scandales financiers, notamment l’affaire Greensill, qui avait déjà secoué Credit Suisse.
L’implication d’UBS et de sa filiale O’Connor : Une exposition de 500 millions de dollars
UBS et sa filiale d’investissement O’Connor ont été particulièrement touchées par la faillite de First Brands. Selon l’agence Bloomberg, UBS a investi environ 500 millions de dollars dans ce fournisseur américain, principalement à travers des fonds gérés par O’Connor. Ces investissements concernent la finance de la chaîne logistique, un secteur clé où UBS s’est impliqué via la titrisation de créances. Cette méthode permet de transformer des créances commerciales en titres financiers, offrant ainsi des liquidités à l’entreprise tout en permettant aux investisseurs d’obtenir un rendement sur leur capital.
Le fonds géré par O’Connor est particulièrement exposé, avec près de 30% de son capital investi dans des titres liés à First Brands. En réponse à cette situation, O’Connor a informé ses clients que sa stratégie de financement, baptisée « Opportunistic Working Capital Finance », comportait 9,1% d’investissements directs dans des créances dues par First Brands, et 21,4% d’expositions indirectes portant sur les créances des clients du groupe. Cette structure de financement, bien qu’habituellement lucrative, pose la question de la gestion des risques dans des situations aussi complexes.
Les structures de financement de la chaîne d’approvisionnement, qui incluent des créances titrisées et des investissements indirects, rendent difficile une évaluation précise des risques encourus. Ces financements, souvent hors bilan, limitent la transparence et compliquent la gestion des pertes. De plus, les inquiétudes concernant la récupération des investissements restent vives, d’autant plus que les actions des autres acteurs, comme la banque d’investissement Jefferies, qui détient 715 millions de dollars en titres liés à First Brands, viennent ajouter à l’incertitude du dossier.
Les similitudes avec l’affaire Greensill et les risques de concentration
Les juristes et analystes financiers établissent des parallèles frappants entre l’affaire First Brands et le scandale Greensill qui avait gravement affecté Credit Suisse en 2021. Dans les deux cas, les institutions financières se sont retrouvées exposées à des financements complexes et souvent hors bilan, facilitant la création de risques difficiles à évaluer. Le cabinet d’avocats Lalive, par exemple, note que la titrisation de créances permet souvent de masquer l’ampleur réelle des risques encourus, créant ainsi une illusion de sécurité jusqu’à ce qu’un événement déclencheur, comme une faillite, vienne remettre en question l’ensemble du système, rapporte Blick.
Le problème majeur dans le cas de First Brands réside également dans le risque de concentration des investissements. Les fonds d’UBS, en particulier ceux gérés par O’Connor, sont fortement exposés à un seul secteur, celui des pièces automobiles. Cela fait écho à la situation de Credit Suisse, où les fonds étaient presque exclusivement alimentés par des titres fournis par Greensill, dont les créances étaient liées à des emprunteurs spécifiques, comme le magnat de l’acier Sanjeev Gupta. Cette concentration des risques est particulièrement inquiétante dans le contexte actuel, où l’effondrement d’un acteur majeur comme First Brands pourrait entraîner une cascade de pertes.
Une autre similitude réside dans la plateforme Raistone, utilisée par O’Connor pour obtenir des créances titrisées auprès de First Brands-Konnex. Raistone, fondée par David Skirzenski, un ancien employé de Greensill, soulève des questions supplémentaires sur les liens existants entre les structures de financement. Un fonds géré par O’Connor détient même une participation directe dans Raistone, ce qui pourrait entraîner une double exposition aux risques liés à cette plateforme.
Des plaintes possibles et des répercussions pour les investisseurs
Les similitudes entre ces affaires soulignent des risques juridiques potentiels, notamment concernant les questions de divulgation, d’adéquation et de gouvernance d’entreprise. Selon les avocats de Lalive, des réclamations d’investisseurs pourraient surgir en raison de l’opacité entourant ces investissements et des erreurs de gestion dans les stratégies de titrisation. Cette situation pourrait engendrer des plaintes en masse de la part des investisseurs, tout comme ce fut le cas dans l’affaire Greensill.
De son côté, UBS a réagi en indiquant que la situation évoluait rapidement et qu’elle faisait tout pour préserver les intérêts de ses clients. La banque a souligné qu’il s’agissait d’un événement sectoriel touchant un large éventail de fournisseurs de crédit privé et de solutions de fonds de roulement. Toutefois, les investisseurs institutionnels doivent maintenant redoubler de prudence dans le choix de leurs placements, d’autant plus que des fonds exposés à des créances complexes pourraient avoir du mal à sortir de cette crise sans pertes significatives.








