La Suisse entretient depuis plus de vingt ans des relations bilatérales approfondies avec l’Union européenne. Ces accords permettent une intégration ciblée dans plusieurs domaines-clés tels que le marché du travail, le commerce, la recherche ou encore les transports.
Leur maintien représente un enjeu stratégique pour l’économie nationale, fortement interconnectée avec l’espace économique européen. Une étude publiée par le centre d’études conjoncturelles BAK, mandatée par Economiesuisse, met en lumière les conséquences économiques chiffrées d’un abandon sans compensation de ces accords.
Un ralentissement structurel de l’économie à long terme
L’étude du BAK estime que la résiliation des accords bilatéraux avec l’Union européenne pourrait entraîner, sur la période 2028 à 2045, une perte de croissance équivalente à 685 milliards de francs suisses de valeur ajoutée. Cette estimation repose sur un scénario comparatif : dans un contexte normal, l’économie helvétique croîtrait en moyenne de 1,7 % par an, un rythme en ligne avec celui observé en 2017. Sans les bilatérales, cette progression serait réduite à 1,2 %, entraînant un manque à gagner structurel pour l’ensemble de l’économie.
En conséquence, le produit intérieur brut (PIB) réel de la Suisse accuserait une baisse de 7,1 % d’ici 2045, soit l’équivalent de 45 700 francs par habitant. L’impact serait également significatif en termes d’emploi : 235 000 postes ne seraient pas créés, en grande partie à cause d’une diminution de la main-d’œuvre qualifiée issue de l’immigration. Par effet domino, le taux de chômage pourrait progresser de 0,4 point de pourcentage, reflétant une tension accrue sur le marché du travail.
Les économistes du BAK soulignent qu’il ne s’agirait pas d’un choc brutal, mais d’un affaiblissement progressif du potentiel de croissance. Ce recul serait lié à des freins durables à l’innovation, à la compétitivité et à l’investissement. La nature cumulative de ces pertes rend le phénomène d’autant plus préoccupant pour la résilience économique à long terme du pays.
Recherche, commerce, investissements : des effets en chaîne dans les secteurs stratégiques
Au-delà des indicateurs macroéconomiques, l’étude pointe les conséquences concrètes sur des secteurs névralgiques de l’économie suisse. Le domaine de la recherche scientifique, qui bénéficie actuellement de la coopération avec l’Union via des programmes comme Horizon Europe, verrait ses perspectives se rétrécir. Moins d’opportunités de financement et de collaboration internationale réduiraient l’attrait des institutions suisses, à commencer par les hautes écoles et les centres de R&D privés.
Dans le secteur du transport aérien, les accords actuels facilitent la desserte du territoire par les compagnies européennes. La fin de ces arrangements introduirait des restrictions techniques et réglementaires, compromettant la fluidité des liaisons et affectant l’attractivité logistique du pays. En matière de commerce, la suppression des accords d’harmonisation technique compliquerait l’accès des produits suisses au marché européen. Ces accords permettent aujourd’hui de limiter les obstacles non tarifaires en reconnaissant mutuellement les normes et certificats. Leur disparition exigerait des adaptations supplémentaires de la part des entreprises, avec des coûts accrus et un allongement des délais.
En outre, la perte de ces mécanismes institutionnels entamerait l’image de stabilité de la Suisse aux yeux des investisseurs étrangers. Le pays pourrait apparaître comme moins intégré à son principal partenaire économique, réduisant ainsi les volumes d’investissement direct à moyen et long terme. Cette érosion de l’attractivité jouerait un rôle aggravant dans le ralentissement global anticipé.








