L’industrie horlogère suisse traverse une phase difficile après un été en dents de scie. En août 2025, les exportations suisses ont marqué un recul important, en particulier vers les États-Unis, principal marché du secteur. Après une envolée des livraisons en juillet, alimentée par l’anticipation des droits de douane américains, août a vu un retournement brutal de cette tendance.
Les livraisons ont chuté de près de 25%, contrastant avec l’augmentation spectaculaire de 45% observée un mois plus tôt. Ce retournement met en lumière les vulnérabilités du secteur face aux politiques commerciales et la dépendance de l’industrie aux fluctuations économiques mondiales.
L’impact des droits de douane sur les exportations suisses
Les exportations horlogères suisses ont subi un recul de 16,5% en août 2025 par rapport au mois précédent, s’élevant à 1,64 milliard de francs, selon la Fédération de l’industrie horlogère suisse (FH). Sur l’ensemble des huit premiers mois de l’année, cette baisse atteint 1%. Cette chute des exportations est en grande partie due à l’introduction, le 1er août, de droits de douane de 39% sur les produits suisses importés aux États-Unis. En prévision de cette mesure, de nombreuses marques horlogères suisses avaient anticipé un pic de demande en juillet, ce qui a conduit à une hausse exceptionnelle de 45% des exportations vers les États-Unis ce mois-là. Toutefois, une fois les taxes en place, les exportations se sont effondrées, avec une chute de 24% en valeur, soit 245,1 millions de francs en août.
Les États-Unis demeurent le plus grand marché pour l’horlogerie suisse, représentant environ 15% des exportations totales. Cette chute brutale des exportations américaines est le plus fort repli observé en août parmi les marchés majeurs. Le secteur est particulièrement vulnérable aux fluctuations des politiques commerciales et aux droits de douane, une situation qui pourrait affecter sa dynamique à long terme. Les autres marchés clés ont également montré des signes de faiblesse : Hong Kong et la Chine ont enregistré des baisses respectives de 13% (116 millions de francs) et 36% (115,3 millions de francs). Ces deux pays représentent chacun environ 7% des exportations mondiales d’horlogerie suisse.
Les autres marchés importants pour l’horlogerie suisse, comme le Royaume-Uni, le Japon et Singapour, n’ont pas échappé à cette tendance négative. Les baisses observées étaient de -20,5%, -22,5% et -14,2%, respectivement. Ces reculs témoignent d’un environnement économique global marqué par un ralentissement des dépenses de consommation, notamment dans le secteur du luxe.
Une industrie sous pression : impact sur les catégories de produits
L’impact de la baisse des exportations ne s’est pas limité à un seul marché, mais a également affecté l’ensemble des catégories de produits. Selon les statistiques de la FH, toutes les matières utilisées dans la fabrication des montres ont enregistré des baisses, tant en termes de volume que de nombre de pièces exportées. Certaines catégories ont vu une chute plus marquée, atteignant même -30,6% pour les « autres matières ». Ce recul généralisé reflète une tendance négative plus large qui touche l’ensemble du secteur horloger suisse.
Cependant, certaines catégories de produits ont mieux résisté que d’autres. Les montres en acier, par exemple, ont limité les pertes, avec une baisse modérée de 6,9% en volume, soit 574 100 unités exportées. Toutefois, même dans cette catégorie, les valeurs en francs ont chuté de près de 14%, atteignant 524,3 millions de francs. En revanche, les montres en métaux précieux ont souffert davantage, avec un plongeon de 17,3%, s’élevant à 617,9 millions de francs. Cette distinction suggère que les consommateurs continuent d’acheter des montres en acier à des prix plus abordables, tandis que la demande pour les produits plus coûteux et haut de gamme en métaux précieux a été plus affectée par la conjoncture économique mondiale.
Dans ce contexte, l’industrie horlogère suisse doit réévaluer ses stratégies de production et de distribution pour s’adapter à une situation économique en constante évolution. Si le marché américain reste crucial pour la croissance du secteur, les horlogers devront aussi explorer de nouveaux marchés et diversifier leurs canaux de distribution pour réduire leur exposition aux risques géopolitiques.








