Tarifs douaniers et franc suisse fort : l’industrie technologique au bord du gouffre, des milliers d’emplois menacés

L’industrie technologique suisse fait face à une crise majeure, exacerbée par des tarifs douaniers élevés et une monnaie trop forte.

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Tarifs douaniers et franc suisse fort : l'industrie technologique au bord du gouffre, des milliers d'emplois menacés : Crédit : Canva | Econostrum.info - Suisse

L’industrie technologique suisse traverse une période de turbulence inédite, marquée par une chute du chiffre d’affaires, un effondrement des commandes et une série de suppressions de postes. Depuis plusieurs mois, les entreprises du secteur expriment leurs inquiétudes face à un environnement économique de plus en plus hostile. 

La politique tarifaire américaine, notamment sous l’administration Trump, ainsi que le renforcement du franc suisse, aggravent une situation déjà fragile. Selon les experts, sans mesures urgentes, des dizaines de milliers d’emplois risquent d’être menacés, avec des conséquences lourdes pour l’ensemble de l’économie helvétique.

Des tarifs douaniers de plus en plus accablants

Depuis l’introduction des droits de douane de 39 % sur les produits suisses exportés vers les États-Unis, l’industrie technologique helvétique peine à maintenir son rythme de croissance. Bien que ces tarifs n’aient été appliqués qu’à partir de l’été 2018, l’annonce de cette mesure a déjà fait basculer une partie importante des affaires suisses, notamment dans le secteur des machines, de l’électronique et des métaux. Selon une enquête de Swissmechanic rapportée par Neue Zürcher Zeitung, près de 40 % des PME exportatrices ont constaté une baisse substantielle de leurs ventes aux États-Unis, et environ 10 % d’entre elles ont même suspendu leurs exportations vers ce marché stratégique.

Le cas de Blumer AG, une entreprise basée dans le canton de Thurgovie et spécialisée dans les machines d’étiquetage, illustre bien cette tendance. Jusqu’en avril dernier, environ 15 % de son chiffre d’affaires provenait des États-Unis, mais depuis cette date, aucune commande n’a été reçue, selon son directeur Roy Bruderer. Cette situation difficile est aggravée par le fait que les entreprises allemandes bénéficient d’un tarif douanier de 15 % pour les exportations vers l’Union européenne, ce qui rend les produits suisses moins compétitifs face à ceux d’autres pays européens. La crainte est donc grande que cette tendance ne perdure si rien n’est fait pour contrer cette pression tarifaire.

Le président de l’association Swissmem, Martin Hirzel, a clairement exprimé ses préoccupations : « Avec un tarif de 39 %, la Suisse n’est plus un site de production attractif ». Le second trimestre 2025 a été particulièrement sombre pour l’industrie, avec une baisse de 13,4 % des commandes par rapport au trimestre précédent, un chiffre qui témoigne de la gravité de la situation. Les effets de ces tarifs, même avant leur pleine mise en œuvre, sont déjà catastrophiques pour certaines entreprises.

Le franc fort, une épée de Damoclès pour les exportateurs

Au-delà des taxes douanières, un autre facteur met en péril l’industrie technologique suisse : la persistance d’un franc suisse fort. En dépit des discours économiques affirmant que cette devise devrait être bénéfique pour l’économie, les entreprises de Swissmem, qui représentent une part significative du secteur, considèrent cette situation comme un obstacle majeur. En effet, selon une enquête menée auprès des membres de Swissmem, 73 % des entreprises jugent que la force du franc a des conséquences négatives sévères sur leur compétitivité, rendant les exportations plus chères et moins attractives sur les marchés internationaux.

Particulièrement affectée par ce phénomène, l’industrie technologique suisse a vu son activité se réduire sur des marchés clés comme la Chine et d’autres pays asiatiques. Tandis que des régions comme le Japon et l’Inde ont enregistré des résultats satisfaisants, la situation en Chine, historiquement favorable, a fortement reculé. L’Allemagne, principal partenaire commercial de la Suisse, peine également à se redresser, bien que l’Europe reste encore un ancrage de stabilité. Pour Stefan Brupbacher, directeur de Swissmem, la forte appréciation du franc vis-à-vis de l’euro et du dollar constitue un frein à la compétitivité des entreprises helvétiques. Ce facteur aggravant met en lumière les défis supplémentaires auxquels l’industrie est confrontée en ce moment critique.

L’avenir de l’industrie : une transition nécessaire

Face à ces multiples défis, Swissmem appelle à une ouverture de nouveaux marchés pour compenser les pertes, notamment à travers la mise en œuvre d’accords de libre-échange avec des zones commerciales telles que le Mercosur, la Thaïlande et la Malaisie. De plus, la mise en place des Bilatérales III avec l’Union européenne est devenue encore plus cruciale. En effet, avec la politique protectionniste des États-Unis, l’industrie suisse doit se tourner vers d’autres partenariats pour diversifier ses sources de revenus.

Cependant, la crise pourrait entraîner des conséquences dramatiques pour l’emploi. Selon une enquête de Swissmem, 37 % des entreprises envisagent des restructurations et des suppressions de postes, tandis que 31 % prévoient un transfert de production vers l’Union européenne, rapporte Watson. Avec plus de 6000 emplois supprimés au cours de l’année écoulée, la situation est déjà alarmante, et l’incertitude demeure quant à l’issue de cette période difficile. La possibilité d’allonger la durée du chômage partiel de 18 à 24 mois, ainsi que des ajustements législatifs sur les cotisations sociales, est également sur la table, bien que cette approche ne soit pas exempte de controverses.

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