Sous la présidence de Donald Trump, les États-Unis ont modifié de manière significative leurs politiques commerciales, introduisant des tarifs douaniers sur une large gamme de produits en provenance de nombreux pays. Ces mesures ont permis à l’État américain de récolter des milliards de dollars, mais elles ont aussi créé des déséquilibres dans les relations commerciales internationales, affectant en particulier des économies comme la Suisse.
Bien que les recettes tirées des droits de douane ne résolvent pas les déficits budgétaires colossaux des États-Unis, elles ont néanmoins contribué à augmenter les recettes de l’État fédéral. Des économistes se sont penchés sur la contribution de la Suisse à ces recettes et les conséquences sur l’accès des entreprises suisses au marché américain.
Les recettes douanières américaines : un levier pour combler le déficit budgétaire
Les États-Unis font face à un déficit budgétaire inquiétant, avec un écart prévu de 1830 milliards de dollars en 2024. Face à cette situation, les droits de douane ont constitué une source de financement importante, mais leur contribution reste relativement modeste comparée aux dépenses publiques. En 2024, les États-Unis ont généré environ 13,4 milliards de dollars de recettes douanières en provenance de la Suisse, plaçant ce pays parmi les plus importants contributeurs aux revenus douaniers, juste derrière des économies bien plus grandes comme la Chine et le Mexique.
Bien que les recettes douanières ne représentent qu’une fraction du budget américain, elles ont eu un effet concret sur le commerce extérieur, notamment pour les pays ayant des liens commerciaux importants avec les États-Unis. La Suisse, avec un commerce bilatéral d’une valeur de 63 milliards de dollars, fait figure de principal contributeur, surpassant même des pays comme la France et l’Italie. En effet, les droits de douane appliqués à la Suisse sont considérablement plus élevés, bien que les valeurs absolues de recettes en provenance de la Suisse ne soient pas aussi importantes que celles provenant de pays à économie plus grande.
Les tarifs douaniers : un désavantage pour la Suisse et ses exportations
Les droits de douane imposés par l’administration Trump ont un impact non seulement sur les recettes des États-Unis, mais aussi sur la compétitivité des entreprises suisses. En particulier, la Suisse a été frappée par un taux de 39 % sur certaines de ses exportations vers les États-Unis, bien que certains produits, comme les médicaments, en soient exemptés. Ce taux de 39 % est l’un des plus élevés appliqués à tout pays, mais l’impact réel est un peu moins sévère grâce à des exceptions et des ajustements dans le calcul de la charge douanière effective. En réalité, le taux effectif pour les exportations suisses vers les États-Unis est d’environ 21,3 %, bien supérieur à celui de la France (13,6 %) ou de l’Italie (13,7 %).
Cette différence est cruciale car elle joue un rôle important dans la compétitivité des produits suisses sur le marché américain. Les économistes soulignent un phénomène que l’on appelle le « Relative Trump Tariff Advantage », qui mesure l’impact des droits de douane sur la compétitivité d’un pays en fonction des tarifs appliqués à ses produits par rapport à ceux de ses concurrents directs. Dans le cas de la Suisse, cet « avantage » est négatif, à hauteur de moins 12,1 %, ce qui signifie que les entreprises suisses sont désavantagées par rapport à leurs homologues européens, comme l’Allemagne, la France et l’Italie, qui bénéficient de tarifs plus avantageux, avec des charges douanières effectives bien plus faibles, relate Blick.
L’accès au marché américain se détériore pour la Suisse
Cette différence de traitement dans les droits de douane a un impact direct sur la compétitivité des exportateurs suisses. En termes de prix, les entreprises suisses se retrouvent confrontées à une charge douanière supplémentaire par rapport à leurs concurrents européens. Bien que la Suisse soit l’une des plus grandes sources de recettes douanières pour les États-Unis, elle subit un désavantage concurrentiel qui affecte son accès au marché américain.
Si l’on compare la situation de la Suisse à celle d’autres pays comme l’Allemagne ou la Chine, la position suisse apparaît plus défavorable. L’Allemagne, malgré un volume commercial plus important avec les États-Unis, bénéficie de droits de douane moins élevés, ce qui permet à ses produits d’être plus compétitifs. En revanche, la Chine, bien qu’elle soit frappée par des droits de douane encore plus élevés, bénéficie d’un marché bien plus vaste pour ses exportations, ce qui permet de compenser, dans une certaine mesure, cet inconvénient.
Les entreprises suisses, notamment dans les secteurs de l’industrie et de la haute technologie, doivent maintenant faire face à une situation où l’accès au marché américain devient de plus en plus coûteux, et ce, même si elles continuent de bénéficier de certaines exceptions concernant les produits pharmaceutiques. Si la Suisse veut maintenir sa compétitivité et sa position sur le marché américain, il lui faudra probablement négocier de nouveaux accords commerciaux ou trouver des moyens d’adapter ses exportations face à cette pression tarifaire.








