Les célèbres couteaux suisses Victorinox, popularisés notamment par la série « MacGyver », se retrouvent dans une situation commerciale délicate. Depuis l’entrée en vigueur d’une surtaxe douanière de 39 % sur les produits suisses aux États-Unis, le fabricant d’Ibach fait face à une menace directe sur sa compétitivité.
Cette mesure, imposée par l’administration Trump, touche une large gamme de produits helvétiques, du fromage aux montres, mais pèse particulièrement sur Victorinox, pour qui le marché américain représente une part essentielle du chiffre d’affaires. Si les stocks déjà en place permettent de temporiser, les perspectives à moyen terme s’annoncent plus complexes.
Une surtaxe brutale et un marché stratégique
Depuis jeudi dernier, les États-Unis appliquent une taxe de 39 % sur les importations suisses, bien au-dessus des 15 % imposés aux produits issus de l’Union européenne ou du Japon. Pour Victorinox, cette décision équivaut à un choc. L’entreprise, fondée en 1884 et installée à Ibach dans le canton de Schwytz, réalise environ 13 % de son chiffre d’affaires global de 417 millions de francs suisses sur le marché américain. Pour les couteaux professionnels et de cuisine, cette proportion grimpe à 18 %.
La décision américaine intervient dans un contexte de durcissement commercial global et surprend par sa brutalité. Carl Elsener, directeur général de Victorinox, a qualifié cette mesure de « défi massif » dans une déclaration adressée à l’AFP, selon 20minutes. Le timing est d’autant plus critique que la force du franc suisse, conjuguée à un dollar plus faible, complique encore les équations économiques de l’entreprise. Si les conséquences immédiates sont amorties grâce à des stocks renforcés aux États-Unis, la question du long terme reste ouverte.
Victorinox estime que le maintien de ces droits de douane pourrait générer jusqu’à 13 millions de dollars de coûts supplémentaires par an à partir de 2026. Pour l’heure, l’entreprise a annoncé son intention de maintenir les prix inchangés jusqu’à la fin de l’année. Une décision rendue possible par les stocks constitués en amont, mais qui ne pourra être prolongée indéfiniment si la surtaxe reste en place.
Une production suisse non négociable
Face à cette pression, Victorinox explore des pistes d’adaptation. Parmi les options envisagées figurent des opérations secondaires localisées aux États-Unis, telles que le conditionnement ou le nettoyage final des couteaux professionnels. Ces ajustements visent à réduire le poids des taxes à l’importation sans remettre en cause l’authenticité du produit.
Car pour l’entreprise, relocaliser la production à l’étranger n’est pas envisageable. « Relocaliser la production à l’étranger — en particulier pour les couteaux de poche — n’est pas une option », affirme Carl Elsener. L’identité de la marque repose sur son ancrage suisse, tant en termes d’image que de qualité. Toute délocalisation porterait atteinte à cette réputation, bâtie sur une longue tradition de fabrication locale et de rigueur industrielle.
Cette fidélité au site d’Ibach, où l’entreprise est née il y a plus de 140 ans, reflète une volonté de continuité malgré les turbulences économiques. Victorinox reste déterminée à conserver son socle helvétique, tout en adaptant sa logistique aux contraintes nouvelles du commerce international.
Dans l’immédiat, l’entreprise se concentre sur la gestion de la hausse de ses coûts tout en travaillant avec ses équipes américaines pour maintenir sa présence sur ce marché prioritaire. Les ajustements seront sans doute progressifs et calibrés, mais l’enjeu est de taille : préserver une position stratégique sans renier l’essence même de la marque.








