Le taux de chômage en Suisse est resté stable à 2,7 % en juillet 2025, confirmant un maintien de la situation malgré des signaux d’essoufflement. Si cette donnée peut sembler rassurante à première vue, elle dissimule une hausse notable du nombre de chômeurs sur un an.
Les autorités observent de près l’impact des tensions commerciales croissantes, notamment avec les États-Unis. L’introduction de nouveaux droits de douane début août fait craindre un tournant décisif pour l’emploi, en particulier dans les cantons fortement industrialisés et tournés vers l’export.
Une stabilité de façade masquant une hausse significative du chômage
Le dernier relevé du Secrétariat d’État à l’économie (SECO), publié jeudi, montre que le taux de chômage brut est resté inchangé à 2,7 % en juillet, comme en mai et juin. Pourtant, le nombre de chômeurs a augmenté de 1,8 % en un mois, atteignant 129 154 personnes, soit 2277 de plus qu’en juin. Sur une base annuelle, la hausse est bien plus marquée, avec 21 438 personnes supplémentaires, ce qui représente une progression de 19,9 %.
En données corrigées des variations saisonnières, le nombre de chômeurs s’élève désormais à 137 049 personnes, ce qui représente une hausse mensuelle de 1,2 %. Le taux de chômage ajusté reste néanmoins figé à 2,9 %. Ce paradoxe statistique entre stabilité du taux et augmentation du nombre de chômeurs s’explique par l’élargissement du nombre d’actifs recensés sur le marché du travail, en lien avec la croissance démographique et les politiques migratoires.
La situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes de 15 à 24 ans, dont le chômage a augmenté de 7,4 % entre juin et juillet, pour atteindre 11 496 personnes. Sur un an, la hausse est de 16,1 %, confirmant une fragilité persistante dans l’insertion professionnelle des jeunes. Les travailleurs âgés de 50 à 64 ans, quant à eux, affichent une stabilité mensuelle mais une hausse annuelle du chômage proche de 20 %, illustrant leur exposition aux restructurations dans l’industrie et les services.
En tout, 209 441 demandeurs d’emploi ont été recensés en juillet, soit 2573 personnes de plus qu’en juin (+1,2 %) et 30 302 de plus qu’en juillet 2024 (+16,9 %). Le taux de demandeurs d’emploi se maintient à 4,4 %, confirmant une pression structurelle sur l’accompagnement et la réinsertion.
L’épée de Damoclès des droits de douane américains
Derrière cette stabilité relative se profile un choc exogène d’ampleur : les surtaxes américaines de 39 % sur les exportations suisses, en vigueur depuis le 7 août 2025. Cette décision unilatérale de Washington menace des secteurs clés de l’économie suisse, comme l’horlogerie, la pharma ou les machines-outils, et suscite l’inquiétude des milieux économiques. Si les effets immédiats ne sont pas encore quantifiables, les entreprises concernées commencent déjà à activer les dispositifs de protection disponibles.
Parmi ceux-ci figure le recours à la Réduction de l’horaire de travail (RHT), ou chômage partiel, présenté par le SECO comme un outil essentiel pour amortir le choc. Depuis le 1er juillet 2025, les droits de douane peuvent désormais être mentionnés comme motif officiel dans les demandes de RHT. Environ 900 personnes sont actuellement concernées par cette mesure, un chiffre appelé à croître dans les prochaines semaines si les carnets de commandes se vident.
Selon Jérôme Cosandey, chef de la Direction du travail au SECO, certaines régions industrielles pourraient être plus lourdement touchées. Il cite l’arc lémanique, fortement tourné vers l’exportation, ainsi que des cantons comme Neuchâtel (où 25 % des emplois sont industriels) ou le Jura (près de 30 % dans l’industrie). Pour ces territoires, la perte de compétitivité à l’export pourrait rapidement se traduire par des plans sociaux ou une intensification du chômage partiel.
Afin de prévenir une montée du chômage structurel, la durée maximale d’indemnisation du chômage partiel a été prolongée à 18 mois, avec une proposition parlementaire visant à l’étendre à 24 mois. Cette extension pourrait jouer un rôle clé dans les mois à venir si les répercussions commerciales venaient à s’accentuer.
En outre, bien que le SECO maintienne pour l’instant ses prévisions de juin avec un taux de chômage moyen à 2,9 % pour 2025, des scénarios alternatifs ont été évoqués en cas de persistance des surtaxes. Dans un contexte de surtaxes élevées, le taux de chômage pourrait grimper jusqu’à 3,5 % en 2026. Avec des mesures plus modérées, il atteindrait 3,2 %. Ces perspectives soulignent à quel point l’économie suisse demeure vulnérable aux décisions commerciales extérieures.








