Les expulsions de locataires atteignent des niveaux alarmants en Suisse romande : une crise sans précédent

Les expulsions de locataires en Suisse romande augmentent de manière inquiétante, exacerbées par la hausse des loyers, la pénurie de logements et la crise économique.

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Les expulsions de locataires atteignent des niveaux alarmants en Suisse romande : une crise sans précédent - © Shutterstock

Depuis 2020, les demandes d’expulsion en Suisse romande ont considérablement augmenté, particulièrement dans des villes comme Lausanne et Yverdon-les-Bains. À Lausanne, les demandes transmises par la justice sont passées de 103 en 2020 à 152 en 2024. Dans l’Ouest lausannois, les exécutions forcées ont augmenté de plus de 12% en 2024, principalement à Renens.

À Yverdon-les-Bains, 14 expulsions ont déjà eu lieu depuis le début de l’année 2025, un chiffre plus élevé que les 11 recensées en 2024. Lydia Guzzardi, responsable de l’Office du logement, souligne que la situation est préoccupante, les causes étant multiples, incluant l’inflation, la hausse générale du coût de la vie et l’augmentation des loyers. En effet, la justice de paix vaudoise a observé une hausse de 12% des expulsions et exécutions forcées en 2024, rapporte 24 heures.

Des conséquences humaines dramatiques

L’expulsion des locataires ne se résume pas à une simple procédure juridique ; elle a des répercussions humaines profondes. Lorsqu’un locataire n’arrive pas à régler ses loyers, il se retrouve souvent face à la police et à un huissier, dans un processus où le mobilier est mis en garde-meuble et des frais sont facturés au locataire.

À Genève, l’avocat et député Christian Dandrès évoque l’angoisse générée par ces expulsions : les locataires reçoivent un avis d’expulsion sans savoir quand et comment cela se déroulera, ce qui peut être vécu comme une « torture psychologique« .

Le projet genevois Domos, lancé en 2021, incite les régies à orienter les locataires en difficulté vers l’unité logement de l’Hospice général, mais cette information n’est pas toujours systématiquement donnée. Ce projet permet aussi à la Fondation Wilsdorf de verser une aide via un fonds dédié, mais l’accès à ces aides reste limité.

En général, les personnes concernées par les expulsions sont souvent des familles ou des seniors sans épargne, confrontés à des problèmes de santé, un accident ou une période de chômage. L’expulsion peut se dérouler rapidement, étant donné que la législation suisse est assez simple : selon l’article 257d du Code des obligations, si un locataire ne paie pas son loyer à la date convenue, le bailleur peut résilier le bail et demander l’expulsion dès la fin du mois suivant, une procédure qui se déroule souvent sans possibilité de recours.

L’augmentation des loyers et la pénurie de logements, des facteurs aggravants

L’augmentation des loyers, qui a dépassé les 30% en vingt ans, est l’une des principales raisons derrière l’augmentation des expulsions. Dans la région de l’arc lémanique, cette hausse est particulièrement marquée.

Selon une enquête récente de Comparis, un tiers des ménages romands à faible revenu consacre plus de 30% de son budget au logement, ce qui laisse peu de marge de manœuvre en cas d’imprévus financiers. Cette situation est exacerbée par la pénurie de logements, un facteur qui empêche souvent les gérances de trouver des solutions amiables.

L’Association suisse des locataires (Asloca) met en avant des hausses de loyers souvent injustifiées et une pression accrue sur les locataires, qui peinent à suivre le rythme des augmentations. Par ailleurs, les bailleurs institutionnels, comme les banques et fonds de placement, sont moins enclins à accepter des négociations, favorisant ainsi les résiliations de bail pour défaut de paiement, même en cas de faibles montants dus. Les propriétaires indépendants sont parfois plus ouverts à des arrangements, comme des paiements échelonnés, mais cela reste moins courant.

Les autorités peinent à mesurer l’ampleur exacte du phénomène des expulsions. C’est pourquoi, dans le canton de Vaud, l’élue Céline Misiego déposera, avec ses collègues du Parti Ouvrier et Populaire (POP), une interpellation au Grand Conseil afin de collecter des données plus précises sur les expulsions, et ce, dans le but de mieux comprendre leur évolution et leur ampleur.

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