Salaires : Les entreprises sont-elles autorisées à sous-payer leurs employés ?

Roland Müller estime que les employeurs ne sont pas responsables des salaires décents, une position qui divise la Suisse entre patronat, syndicats et experts.

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employé masculin travaillant dans le bureau
Salaires : Les entreprises sont-elles autorisées à sous-payer leurs employés ? - © Sutterstock

En mars dernier, Roland Müller a affirmé devant la Commission de l’économie du Conseil national que « un salaire décent n’est pas la responsabilité des employeurs« . Il a ajouté que, selon lui, l’aide sociale devait prendre le relais lorsque les salaires étaient insuffisants. Cette position a choqué de nombreux observateurs, y compris des membres de l’Union patronale, et a déclenché une réponse immédiate des syndicats et de la gauche politique.

Benoît Gaillard, député socialiste, a dénoncé ces propos en rappelant que la Suisse reposait sur l’idée que les travailleurs pouvaient vivre dignement de leur salaire. De plus, cette prise de position a été perçue comme une remise en question fondamentale du contrat social suisse, où l’on considère que le travail doit garantir un revenu suffisant pour vivre.

Pour Gaillard, ces déclarations « sapent le contrat social » et sont une « gifle symbolique pour tous ceux qui se lèvent tôt et font tourner le pays« . En outre, il a souligné que cette approche revenait à « subventionner les bas salaires » par l’intermédiaire de l’aide sociale, donc avec les impôts des contribuables, rapporte Blick.

Le salaire décent : une responsabilité partagée ?

Le débat autour des salaires décents s’est intensifié après que Müller ait critiqué la législation sur les salaires minimaux, mise en place dans certains cantons comme Genève et Neuchâtel.

Dans une interview donnée au média helvétique, il a exprimé son inquiétude face à l’extension de telles lois, en soulignant que certains secteurs ne pouvaient tout simplement pas se permettre de payer davantage. À ses yeux, des salaires minimaux trop élevés pourraient entraîner la disparition de certains emplois, un argument qui a été réfuté par des économistes comme Beat Burgenmeier, ancien directeur du département d’économie politique à l’Université de Genève.

Ce dernier a critiqué la vision de Roland Müller, estimant que les représentants de l’économie suisse confondaient libéralisme et corporatisme. Pour Burgenmeier, le fait de déléguer la responsabilité sociale aux pouvoirs publics, plutôt que de l’assumer soi-même, était incohérent par rapport aux principes fondateurs de l’économie suisse.

L’État face à la responsabilité sociale

Le discours de Roland Müller a également été critiqué par des experts comme Stéphane Garelli, professeur à l’IMD et à l’Université de Lausanne. Selon lui, la position de l’Union patronale révèle une incohérence économique et sociale. D’un point de vue économique, il est incohérent de refuser l’augmentation des salaires tout en exigeant une réduction de l’intervention de l’État.

Garelli souligne que dans le contexte suisse, les entreprises ont une responsabilité sociale, et que c’est à elles de permettre à leurs employés de vivre correctement grâce à leur salaire. La question morale a aussi été abordée : « Payer des gens pour travailler, tout en sachant qu’ils ne peuvent pas vivre avec leur salaire, est moralement inacceptable« , a-t-il affirmé.

Les récentes évolutions législatives en Suisse, notamment la modification de la loi fédérale pour favoriser les conventions collectives de travail (CCT), montrent une volonté de rééquilibrer la question des salaires, notamment à travers des décisions qui remettent en cause les salaires minimums établis dans certains cantons.

Le 17 juin, le Parlement suisse a adopté la motion d’Erich Ettlin (Le Centre, OW), visant à faire prévaloir les CCT sur les lois cantonales fixant des salaires minimums légaux. Cette décision pourrait affecter directement les salaires minimaux adoptés dans des cantons comme Genève et Neuchâtel, mais aussi potentiellement dans d’autres régions suisses qui envisageaient une telle législation.

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