La Haute-Savoie, région frontalière de la Suisse, subit directement l’attractivité économique de son voisin. Les hôpitaux, comme le centre hospitalier Annecy Genevois (CHANGE), enregistrent un taux de rotation de 20 % parmi leur personnel soignant. Vincent Delivet, directeur du CHANGE, explique que « certains soignants choisissent de travailler en Suisse après leur formation, attirés par des rémunérations plus intéressantes », rapporte France Bleu.
Cette situation est aggravée par la proximité géographique et le différentiel de salaires entre la France et la Suisse. De plus, les soignants formés dans les établissements français sont souvent tentés de franchir la frontière une fois leur formation achevée.
Le système hospitalier français se retrouve donc dans une situation où il doit constamment former de nouveaux professionnels, faute de pouvoir retenir ceux déjà formés. Ce problème affecte particulièrement les hôpitaux de Haute-Savoie, où la compétition avec les établissements suisses est de plus en plus féroce.
Des solutions pour freiner cette fuite des talents
Face à ce défi, plusieurs pistes sont explorées pour limiter les départs vers la Suisse. Parmi les propositions, un mécanisme de compensation financière impliquant les employeurs suisses est envisagé.
Cela permettrait de soutenir financièrement les hôpitaux français, qui subissent une perte conséquente de leur personnel qualifié. Une autre mesure suggérée par Vincent Delivet est l’instauration d’une période minimale d’exercice en France avant qu’un soignant ne puisse travailler de manière durable en Suisse.
« On pourrait imaginer de limiter les mouvements durables de la France vers la Suisse, de dire simplement qu’il faut un certain nombre d’années d’exercice sur le territoire national français avant de partir en Suisse », précise-t-il.
Une telle mesure pourrait être mise en place tout en respectant la libre circulation des travailleurs au sein de l’Union européenne, sur la base d’une « exception sanitaire », comme le souligne Delivet.
La question du logement et de la sécurité des soignants
Le coût du logement en Haute-Savoie est un autre obstacle majeur pour la fidélisation des soignants. Vincent Delivet insiste sur la nécessité de créer des logements abordables pour attirer et maintenir les professionnels de santé dans la région. Lors d’une récente visite en Haute-Savoie, le ministre de la Fonction publique, Laurent Marcangeli, a abordé cette question et a exprimé la volonté du gouvernement de soutenir les initiatives visant à développer des logements accessibles pour le personnel hospitalier.
Par ailleurs, la sécurité des soignants représente un enjeu primordial. En 2024, une centaine d’agressions physiques et verbales ont été recensées au CHANGE, et déjà 80 incidents ont été signalés en 2025. Ces agressions génèrent un climat de travail difficile et poussent de nombreux soignants à envisager des opportunités à l’étranger.
Pour remédier à cette situation, un projet de loi est en préparation pour permettre aux employeurs hospitaliers de porter plainte au nom de leurs agents en cas d’agression. Cette mesure vise à renforcer la protection des soignants et à améliorer leurs conditions de travail.








