Alors que la question du nucléaire reste sensible en Suisse, les centrales du pays conservent l’essentiel de leurs stocks d’uranium hors des frontières nationales. Cette stratégie repose sur des choix logistiques et économiques précis, loin des idées reçues.
Les données révélées mi-avril par un document administratif ont mis en lumière la présence de près de 920 tonnes d’uranium liées à la Suisse, réparties entre l’Europe et les États-Unis. Loin d’être un cas exceptionnel, ce stockage soulève des interrogations sur la souveraineté énergétique et les logiques industrielles à l’œuvre.
Une répartition internationale de plusieurs centaines de tonnes
Fin 2024, la Suisse détenait environ 770 tonnes d’uranium naturel, 140 tonnes d’uranium faiblement enrichi et 8 kg d’uranium appauvri, stockées à l’étranger. Ces matières premières sont conservées en France, en Allemagne, en Espagne, en Grande-Bretagne, en Suède et aux États-Unis.
Les données montrent que les volumes évoluent d’année en année sans suivre de tendance linéaire. Par exemple, les stocks d’uranium naturel étaient au plus bas en 2019 avec 570 tonnes, contre un pic de 1300 tonnes en 2015, selon Tribune de Genève.
Des variations liées à la consommation et aux cours de l’uranium
L’Office fédéral de l’énergie explique que les variations annuelles des stocks sont principalement dues à leur utilisation dans les centrales. Chaque prélèvement pour produire du combustible entraîne une baisse temporaire des réserves, reconstituées plus tard.
À cela s’ajoutent des considérations économiques : le prix de l’uranium évolue fortement. Entre 2021 et 2024, son prix a plus que triplé, passant de 30 à plus de 100 dollars la livre, un niveau proche du record historique de 2007. Cette volatilité incite à constituer des réserves plus importantes lorsque les prix sont bas.
Une logistique dictée par la production et non par des choix politiques
Contrairement à certaines hypothèses, le choix de stocker à l’étranger ne répond ni à un manque de place ni à une volonté de distanciation par rapport à la matière radioactive. L’uranium étant très dense, son volume est faible : les 20 tonnes d’uranium enrichi consommées annuellement par la centrale de Gösgen tiendraient dans un seul mètre cube.
Les exploitants suisses conservent donc leur uranium là où il est extrait ou transformé, car la Suisse ne produit pas cette matière. Ce constat a été confirmé par l’Office fédéral de l’énergie, comme le rapporte le média helvétique.
Les centrales suisses disposent ainsi de réserves équivalentes à deux années de consommation. Gösgen stocke 350 tonnes d’uranium naturel et 30 tonnes d’enrichi, Beznau 330 tonnes et 18 tonnes respectivement, tandis que Leibstadt détient 5 tonnes de naturel et 91 tonnes d’enrichi à l’étranger.








