La question de la lutte contre le tabagisme prend une ampleur nouvelle en Suisse romande. À l’occasion de la Journée mondiale sans tabac, une enquête révèle un soutien massif de la population à des mesures de prévention plus strictes.
Commandée par Unisanté et réalisée par l’institut MIS Trend, cette étude reflète les préoccupations croissantes autour de la protection des jeunes face à l’influence de l’industrie du tabac. Les résultats suggèrent une nette volonté de changement dans l’encadrement des produits à base de nicotine.
Des attentes claires en matière de protection des jeunes
L’étude, menée auprès de près de 1 000 personnes dans les cantons romands, met en lumière un consensus quasi total sur la nécessité d’agir. Selon le communiqué, 90 % des répondants estiment que l’État a le devoir de protéger les jeunes contre les techniques de marketing utilisées par l’industrie du tabac. Ce sentiment se traduit par un rejet très net de certaines pratiques publicitaires : près de 90 % des sondés jugent que les arômes, les couleurs et les images positives rendent les produits du tabac attractifs pour les jeunes. Pour 82 % d’entre eux, ces éléments donnent même l’impression que ces produits ne sont pas dangereux.
Parmi les mesures les plus soutenues figure la mise en place d’un contrôle efficace de l’âge pour l’achat en ligne de produits du tabac. Cette idée recueille 92 % d’adhésion, ce qui en fait l’une des propositions les plus consensuelles du sondage. Autre point fort : l’interdiction des cigarettes électroniques jetables, approuvée par 84 % des interrogés. Ces dispositifs, populaires chez les jeunes, sont perçus comme une porte d’entrée vers la consommation régulière de nicotine, en particulier en raison de leur design et de leur facilité d’accès.
Le lien entre addiction et liberté de choix est également abordé dans l’enquête. Huit personnes sur dix considèrent que fumer relève davantage d’une addiction que d’une liberté individuelle, un changement de perception significatif qui alimente le soutien à une régulation plus ferme. Pour Luc Lebon, responsable de la prévention du tabagisme à Unisanté, ces résultats témoignent d’« une conscience accrue du problème » et d’un appel clair à des mesures de santé publique plus ambitieuses.
Publicité, visibilité et prix : trois leviers de régulation
Le rejet du marketing lié aux produits du tabac est massif. Plus de 70 % des participants souhaitent l’interdiction de toute forme de publicité pour ces produits, une position cohérente avec la volonté de réduire leur attractivité auprès des plus jeunes. Cette position s’inscrit dans une logique de protection de la santé publique, mais aussi de limitation de l’influence commerciale dans l’espace public.
La visibilité des produits dans les points de vente est également remise en question. Près de 80 % des sondés demandent à ce que les produits du tabac ne soient plus exposés dans les magasins, rejoignant ainsi les pratiques déjà adoptées dans plusieurs pays européens. Le fait de cacher ces produits vise à en limiter l’impact visuel et à réduire les achats impulsifs, en particulier chez les adolescents.
Enfin, 71 % des personnes interrogées soutiennent une augmentation des prix du tabac. Ce levier économique, souvent utilisé dans les politiques de santé publique, vise à réduire la consommation en la rendant moins abordable, notamment pour les jeunes adultes. L’ensemble de ces mesures correspond à une stratégie complète : agir sur l’offre, l’accessibilité, la promotion et la perception sociale du tabac.
Les résultats du sondage traduisent une prise de position forte de la population romande, qui ne considère plus la consommation de tabac comme un choix anodin. L’appel à des politiques plus strictes, porté par une majorité claire, pourrait avoir un impact tangible sur les décisions à venir en matière de législation sur les produits de la nicotine.








