Le canton de Fribourg a tranché sur une proposition qui ambitionnait de relever les revenus les plus modestes. L’exécutif cantonal a émis un avis négatif sur une initiative populaire visant à instaurer un salaire minimum de 23 francs de l’heure.
Cette mesure aurait concerné tous les travailleurs du canton, à l’exception des apprentis et des mineurs de moins de 18 ans. Le Conseil d’État y voit une menace pour l’équilibre du marché de l’emploi et rejette également l’idée d’un contre-projet.
Une régulation jugée excessive et risquée
Dans sa prise de position officielle, le Conseil d’État, dominé par les partis de droite, considère que cette initiative salariale va trop loin. Il recommande au Grand Conseil de la refuser sans proposer d’alternative, estimant qu’un tel salaire plancher porterait atteinte à des piliers du système économique cantonal. L’exécutif évoque notamment un risque de déstabilisation du partenariat social, considéré comme fondamental dans la régulation des conditions de travail en Suisse, rapporte 20min.
Il alerte aussi sur les conséquences possibles pour les personnes les plus éloignées du marché de l’emploi, comme les jeunes, les personnes peu qualifiées ou engagées dans des programmes d’insertion. La mesure pourrait compliquer leur accès à un premier emploi ou à une activité de transition. Le gouvernement souligne que des mécanismes existent déjà, tels que les conventions collectives de travail (CCT), pour fixer des seuils salariaux adaptés à chaque secteur, sans imposer une règle unique jugée inadaptée à la diversité des situations professionnelles.
Selon le Conseil d’État, appliquer uniformément un salaire minimum de 23 francs ne tiendrait pas compte des réalités économiques de certaines branches, ni des spécificités des programmes liés à l’aide sociale, à l’asile ou au chômage. L’exécutif affirme également que cette mesure pourrait désavantager les entreprises locales sur le plan de la compétitivité, en comparaison avec les cantons voisins.
Le refus politique relance un débat sur la précarité
L’initiative avait été lancée par les milieux syndicaux fribourgeois, avec le soutien d’une partie de la gauche. Elle visait à garantir un revenu suffisant pour vivre dans un canton où les coûts de la vie ne cessent d’augmenter. Selon les syndicats, environ 12 000 personnes travaillent actuellement pour un salaire inférieur à ce seuil, ce qui pose des problèmes de précarité malgré un emploi stable. L’Union syndicale fribourgeoise déplore une absence de réponse politique adéquate face à cette réalité sociale et qualifie la position du Conseil d’État de « grande démission ».
Face à ce refus, les promoteurs de l’initiative maintiennent leur projet de soumission au vote populaire. Ils estiment que le débat ne fait que commencer et qu’il met en lumière un décalage entre les discours sur la dignité du travail et la réalité vécue par de nombreux salariés dans le canton. Ils rappellent aussi que d’autres cantons romands, comme Genève, Neuchâtel ou le Jura, ont déjà instauré des salaires minimaux comparables sans conséquences dramatiques pour leur économie locale.
Pour les partisans de l’initiative, il ne s’agit pas seulement d’un ajustement salarial mais d’une reconnaissance de la valeur du travail et d’une protection contre la pauvreté active. En refusant le texte sans contre-proposition, le Conseil d’État envoie un signal de blocage politique qui risque d’animer la campagne à venir autour de cette votation.








