L’armée suisse envisage l’achat de missiles américains d’une portée de 1000 km

La Suisse envisage d’acquérir des missiles de croisière de 1000 km, marquant un tournant stratégique majeur dans sa doctrine militaire traditionnelle.

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missile AGM-158B-2 JASSM
L’armée suisse envisage l’achat de missiles américains d'une portée de 1000 km - © Lockheed Martin

Depuis toujours, la Suisse a privilégié une posture militaire défensive, cantonnée à la protection de son propre territoire. Ce principe, consolidé depuis la défaite de Marignan en 1515, a perduré tout au long des grands conflits du XXe siècle et durant la Guerre froide. Aujourd’hui, cette stratégie est remise en question par l’émergence de menaces technologiques transfrontalières.

L’armée suisse envisage d’intégrer des capacités de riposte actives, capables d’atteindre des cibles au-delà de ses frontières, afin de s’adapter à un environnement sécuritaire en mutation rapide. Cette évolution s’inscrit dans le message sur l’armée pour la période 2028 à 2031, actuellement en préparation, rapporte Watson.

Un missile furtif aux performances redoutables

Le modèle envisagé par la Suisse est le missile de croisière AGM-158B-2 JASSM, développé par l’entreprise américaine Lockheed Martin. Ce missile mesure 4,2 mètres, pèse 1200 kilos et transporte une ogive perforante de 454 kilos. Il se distingue par sa furtivité, qui le rend invisible aux radars, et sa capacité à frapper avec précision des cibles fixes ou mobiles.

Sa portée atteint 1000 kilomètres, ce qui lui permettrait, depuis le territoire suisse, de cibler des villes comme Londres, Hambourg, Barcelone, Prague, Budapest, Belgrade, voire Varsovie depuis Sankt Margrethen.

Le JASSM est déjà utilisé par les États-Unis, Israël et l’Australie. D’autres pays ont manifesté leur intérêt ou passé commande, comme la Pologne, le Japon, les Pays-Bas, la Finlande et l’Allemagne, cette dernière en ayant acquis 75 unités.

Selon Le Figaro, le coût unitaire de ces missiles avoisine le million de francs. La Suisse, qui a commandé 36 avions de chasse F-35, envisage de tirer ces missiles depuis cette plateforme. L’option fait l’objet de réflexions concrètes au sein de l’armée, selon deux sources de haut rang citées par Watson.

Un changement de paradigme militaire

Cette orientation stratégique est en rupture avec la doctrine défensive historique de la Suisse. Déjà, dans une brochure publiée en août 2023 sous le titre « Renforcer les capacités de défense », l’armée annonçait examiner la possibilité de frapper des cibles stratégiques à longue distance grâce à des tirs de précision. Y étaient évoqués plusieurs moyens : drones armés, missiles air-sol, munitions rôdeuses ou artillerie à longue portée.

Selon Stefan Holenstein, officier de milice et président de l’Association des sociétés militaires suisses, cette évolution représente « un grand progrès nécessaire » : il ne s’agit plus seulement de repousser une attaque, mais de pouvoir intervenir activement, y compris à l’extérieur des frontières nationales.

Le conseiller national UDC Thomas Hurter abonde dans ce sens. Pour lui, les avancées technologiques exigent de pouvoir neutraliser les menaces bien avant qu’elles n’atteignent le territoire helvétique. Le F-35 offrirait ainsi une plateforme adaptée au port de ces armes.

Dissuasion sans recours au nucléaire

Le chef de l’armée, Thomas Süssli, met en avant la notion de dissuasion depuis fin 2023. Pour le porte-parole de l’armée, Stefan Hofer, l’objectif est clair : démontrer de manière crédible que la Suisse est prête à défendre sa souveraineté dans les airs, au sol et dans le cyberespace.

Il s’agit de rendre toute attaque trop risquée pour être envisagée. Ce concept de dissuasion ne s’appuie pas sur des armes nucléaires, mais sur la capacité de résistance visible et effective de l’armée suisse, comme l’exprimait déjà un rapport du Conseil fédéral en 1973.

Stefan Hofer précise que, jusqu’en 2027, aucune mise en œuvre de cette capacité n’est prévue, le message sur l’armée 2024-2027 se concentrant sur le renforcement des troupes terrestres. En revanche, à l’horizon 2030, les options comme les missiles de croisière, les bombes guidées, les drones armés ou les munitions rôdeuses reviendront dans les discussions.

L’artillerie et la défense sol-air ne sont pas en reste. Le système d’artillerie sur roues prévu dans le message sur l’armement 2025 atteindra une portée de 50 kilomètres. Par ailleurs, une acquisition du système Himars, capable de frapper entre 100 et 300 kilomètres, est étudiée à l’horizon 2035.

Côté sol-air, la Suisse a déjà commandé cinq systèmes Patriot aux États-Unis (portée de 160 km) et examine l’achat de quatre ou cinq systèmes Iris-T, à moyenne portée (40 km), développés par Diehl Defence.

Pour renforcer sa surveillance, la Suisse mise également sur les technologies spatiales et les drones. Un satellite-test développé par l’entreprise genevoise Wisekey, financé par le Département de la défense, survole le pays trois fois par jour depuis janvier.

À terme, un réseau souverain de satellites suisses est envisagé. L’armée continue aussi de miser sur le drone israélien Hermes-900, acheté en 2015, qui permet de surveiller jusqu’à la Méditerranée. Malgré des retards de mise en service, l’armée souhaite conserver cet outil jugé précieux, notamment pour anticiper certaines crises migratoires.

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