Le marché de l’emploi suisse à bout de souffle

Même si le marché suisse de l’emploi reste relativement stable dans l’ensemble, les signes de faiblesse sont multiples et laissent entrevoir des mois difficiles à venir. L’adaptation aux nouvelles réalités économiques et géopolitiques sera clé pour la pérennité du modèle suisse.

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Marché du travail suisse
Le marché suisse du travail traverse une période difficile : | Econostrum.info - Suisse

Le marché du travail en Suisse traverse une période particulièrement complexe, avec des perspectives économiques peu optimistes. Depuis plusieurs mois, l’indice mesurant la santé du marché de l’emploi a continué de reculer, atteignant son plus bas niveau depuis 2021. 

Après des années marquées par des taux de chômage historiquement bas, les économistes prévoient un ralentissement dans plusieurs secteurs clés de l’économie suisse. Cette tendance pourrait marquer un tournant pour le pays, longtemps vu comme un modèle de stabilité et d’efficacité en matière d’emploi.

Un marché de l’emploi en déclin

L’indice de santé du marché de l’emploi, publié par l’institut KOF de Zurich, a enregistré une chute inquiétante, passant de 2,7 points à 0,6 point au deuxième trimestre 2024, relate Watson. Ce recul reflète un état de fragilité croissante du marché du travail suisse. Il faut remonter à début 2021 pour retrouver une situation comparable, au lendemain des premiers impacts économiques de la pandémie de Covid-19. Pour les experts du KOF, cette baisse marque la fin d’une période « record » pour l’emploi en Suisse.

En effet, selon une enquête réalisée auprès de 4 500 entreprises, le moral des recruteurs suisses est au plus bas. De plus en plus de sociétés expriment leur volonté de réduire leurs effectifs plutôt que de les accroître. Les secteurs les plus concernés par cette tendance sont les commerces de gros, les banques, la restauration ainsi que les entreprises manufacturières. Les prévisions d’embauche dans ces secteurs sont particulièrement moroses, ce qui alimente les inquiétudes sur l’avenir immédiat du marché de l’emploi suisse.

La tendance générale est donc à la suppression de postes plutôt qu’au recrutement. Si ces secteurs connaissent des difficultés notables, il existe toutefois quelques exceptions. Par exemple, les secteurs de la construction, des assurances et d’autres services semblent moins affectés et prévoient même de recruter dans les mois à venir.

Une économie en ralentissement global

Si la situation sur le marché suisse du travail est préoccupante, elle s’inscrit également dans un contexte économique plus large qui affecte la croissance du pays. Les économistes avertissent que la guerre commerciale mondiale, notamment celle menée par les États-Unis, pourrait avoir un impact direct sur la croissance économique de la Suisse. Les tensions géopolitiques et les mesures protectionnistes risquent de ralentir la dynamique économique, notamment en affaiblissant la demande mondiale.

Les prévisions de croissance du produit intérieur brut (PIB) de la Suisse ont ainsi été révisées à la baisse. UBS table désormais sur une croissance de 1% pour 2024, contre une estimation précédente de 1,7%. La banque Safra Sarasin prévoit également une révision en baisse, avec une prévision de 0,8%, contre 1% précédemment. Ces ajustements reflètent les incertitudes économiques mondiales, qui affectent directement la Suisse, particulièrement en raison de son intégration dans le commerce international.

Malgré ces perspectives moroses, le taux de chômage en Suisse est resté relativement stable, atteignant 2,9% en mars 2024. Ce taux relativement bas témoigne de la résilience du marché de l’emploi helvétique, qui a su maintenir un certain équilibre jusqu’à présent. Toutefois, cette stabilité ne doit pas masquer les tensions sous-jacentes, notamment dans les secteurs en crise. Si le chômage reste faible, la qualité de l’emploi et la stabilité des secteurs clés de l’économie sont de plus en plus préoccupantes.

La situation est particulièrement tendue dans des secteurs tels que la restauration, où la pénurie de main-d’œuvre devient un véritable problème. La Suisse fait face à une pénurie de maçons et à un ras-le-bol croissant sur les chantiers, situation exacerbée par des conditions de travail difficiles et une pression accrue sur les employeurs pour trouver des solutions.

Les jeunes et les seniors sont également confrontés à des défis spécifiques sur ce marché du travail en ralentissement. Les jeunes diplômés, en particulier, peinent à trouver un emploi stable et à s’adapter aux exigences de plus en plus élevées des employeurs. Les seniors, quant à eux, rencontrent des difficultés pour se réinsérer sur le marché du travail une fois qu’ils ont perdu leur emploi, accentuant ainsi les fractures sociales et économiques.

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